Lead
Depuis les années 1960, la pensée anticoloniale, postcoloniale et les théories critiques de la race ont contribué à mettre en lumière les déterminations territoriales, historiques, géopolitiques de la philosophie européenne. Mais au-delà d'une idée quelque peu générique d'un décentrement ou d'une décolonisation de la pensée, les opérations de type philosophique qui ont été mise à l’œuvre dans ces « révolutions épistémologiques » locales sont restées relativement peu étudiées.

Lay summary

Contenu et objectif du travail de recherche

Comment l’énonciation philosophique se situe-t-elle dans un territoire marqué par la violence coloniale ou l’hégémonie néocoloniale ou impériale, et dans une histoire de la philosophie structurée par l’eurocentrisme ? Quels sont les rapports entre critique et « décentrement » ? Ce projet se penchera sur ces questions à partir de deux moments philosophiques distincts: (1) le moment ‘structuraliste’ des années 1960 en philosophie française (Serres, Foucault, Derrida) qui consacre, contre la phénoménologie Husserlienne, le ‘décentrement’ de la philosophie (comme forme dominante) dans un discours plus large; (2)  la réinvention « philosophie africaine » et « antillaise » des années 1970-1980s (Eboussi-Boulaga, Mudimbe, Glissant), et ses réélaborations de l’énonciation philosophique au sein d’une réflexion sur le territoire de la philosophie, à la fois réel et imaginaire. Plutôt que de lire ces deux moments dans un prisme comparatif ou en termes d’ « influences », ce projet cherchera plutôt à mesurer l’écart entre ces différentes reprises du thème du ‘décentrement’ et à en faire l’analyse.