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Médialittérature. Poétiques littéraires et pratiques de la communication publique au temps des orateurs (1460-1550)

English title Medialiterature. Literature and Public Communication in Early Modern French-speaking World
Applicant Doudet Estelle
Number 192400
Funding scheme Project funding (Div. I-III)
Research institution Section de français Faculté des lettres Université de Lausanne
Institution of higher education University of Lausanne - LA
Main discipline Romance languages and literature
Start/End 01.08.2020 - 31.07.2024
Approved amount 841'083.00
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All Disciplines (5)

Discipline
Romance languages and literature
General history (without pre-and early history)
Communication sciences
Swiss history
Theatre and Cinema

Keywords (12)

Late Medieval and Early Modern French Literature; Media Studies; Media Archaeology; History of Rhetoric; Cultural History of Switzerland; Cultural History of Belgium; Cultural Studies; History of books; Philology; Theater Studies; Poetics; Reformation studies

Lay Summary (French)

Lead
Le projet Médialittérature (XVe-XVIe s.) étudie la formation de la culture médiatique en français au seuil de la modernité afin de comprendre comment des acteurs sociaux ordinaires se sont emparés des outils de l'art littéraire pour intervenir dans l'espace public.
Lay summary

Médialittérature, poétiques et pratiques de la communication publique au temps des orateurs (XVe-XVIe s.) étudie le développement et l'acculturation des pratiques médiatiques dans les sociétés d'expression française à une période de bouleversements majeurs, de la naissance de l’imprimerie aux conflits de la Réforme.
Son objectif est de montrer comment l’idéal savant de l’orateur, précurseur de l’intellectuel engagé, s’est popularisé auprès de milieux diversifiés. Dans quels buts et de quelles manières des auteurs non-professionnels et des lecteurs ordinaires se sont-ils concrètement appropriés certains outils de l’art littéraire pour intervenir dans l’espace public et influencer des réseaux d’opinion ?
Mises en œuvre par des acteurs sociaux moins lettrés et moins visibles que les grands écrivains, ces médialittératures sont aujourd’hui oubliées de la recherche en sciences humaines, alors qu’elles révèlent à bien des égards la profondeur archéologique de nos sociétés hypermédiatisées. Pour les découvrir, le projet mènera la première étude comparative globale de trois formes d’expression fréquemment utilisées entre 1460 et 1560 et articulant travail poétique du vers et réflexion sur la communication publique : l’historiographie d’actualité, la poésie de circonstance et le théâtre politique. L’étude sera menée à partir d’œuvres et d’archives inédites issues en particulier des actuelles Suisse et Belgique francophones.
En remettant au jour ce patrimoine méconnu, le projet a pour ambition de développer un nouveau champ de recherche au croisement de l’histoire des littératures, des pratiques culturelles et des médias.

Le projet (2020-2024) est mené par 1 doctorant·e et 2 post-doctorant·e·s sous la direction d’Estelle Doudet (UNIL, Faculté des lettres, français médiéval).

Direct link to Lay Summary Last update: 07.07.2020

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Project partner

Abstract

Dans l’entre-deux du Moyen Âge et de la Renaissance se trouve une période sans nom qui est aujourd’hui un vide des études françaises. Le projet vise à redonner visibilité et cohérence aux décennies 1460-1550, les premières à être appelées « modernes » par les contemporains, en réarticulant deux de leurs spécificités : la mutation qu’introduit en littérature la théorie de l’orateur, écrivain qui use de toutes les ressources de l’éloquence pour commenter l’actualité et prendre position dans l’espace public ; l’expansion sans précédent de nouvelles formes et pratiques sociales de la communication. L’orateur : telle est l’identité idéale que revendiquent la majorité des écrivains francophones entre 1460 et 1550. Faute d’avoir repéré cette valorisation massive de l’éloquence en langue moderne, culture alternative à l’humanisme latin, on n’a guère saisi jusqu’ici qu’elle impliquait une manière inédite d’envisager la production littéraire comme une action médiatique. Les poésies d’actualité, les chroniques d’histoire immédiate, les mises en scène théâtrales ne sont pas pour les orateurs des genres différents mais les formes interconnectées d’une parole publique qui vise à impacter l’esprit des récepteurs et à forger une mémoire partagée du présent. Le projet fait l’hypothèse que loin de rester une vision théorique, cette mutation peu étudiée des poétiques littéraires a contribué de manière décisive à l’acculturation des valeurs et des pratiques de la communication publique dans des milieux sociaux élargis. Lecteurs anonymes qui recopient des poèmes et des chroniques d’actualité pour se les approprier, citadins qui montent en scène pour réciter les vers des orateurs : les publics de l’éloquence en sont devenus les acteurs. Pour comprendre ce qui s’est joué à l’époque dans cette interaction dynamique, il faut changer de regard sur ce que nous appelons aujourd’hui littérature et médias. L’apport du projet est d’articuler deux nouvelles approches synthétisées par la notion de médialittérature : l’étude des formes littéraires en tant qu’actions médiatiques ; l’analyse des pratiques sociales de la communication au prisme des poétiques littéraires. Il ouvre ainsi un champ de recherche croisant l’histoire des littératures et l’histoire des médialités.Pour atteindre ses buts, le projet réunira, aux côtés de la requérante, un·e doctorant·e et 2 post-doctorant·es qui analyseront et éditeront des corpus manuscrits entièrement inédits de chroniques, poésie et théâtre issus des actuelles Suisse romande, Belgique et France afin de cartographier l’ensemble des littératures-médias en français entre 1460 et 1550. Grâce à ces chantiers tant individuels que collectifs sont anticipés des résultats scientifiques et méthodologiques : une thèse en philologie numérique offrira en ligne la première édition de la Chronique rimée de Nicaise Ladam, porte-parole des Habsbourg ; une anthologie donnera à lire les poésies d’actualité des orateurs-poètes - inaccessibles aujourd’hui - et leurs récritures par des lecteurs ; et surtout sera proposé un nouveau protocole de recherche en histoire sociale : la recréation expérimentale en réalité virtuelle des pratiques de la parole publique au théâtre grâce à l’exploitation d’un patrimoine inexploré, les archives théâtrales de Suisse romande aux 15e-16e s. L’impact du projet sera de révolutionner l’approche des décennies 1460-1550 et de poser un jalon majeur de l’histoire des médialités. Il contribuera activement à développer cette discipline émergente grâce au dialogue international et interdisciplinaire qui sera noué tout au long du travail avec des spécialistes suisses et étrangers dans les séminaires d’étude et le colloque du projet. Outre les ouvrages et articles individuels et collectifs qui en résulteront sont prévues des actions de valorisation qui feront découvrir au public le patrimoine littéraire ici dévoilé et donneront une profondeur historique aux débats sur l’hypermédiatisation d’aujourd’hui. Le temps des orateurs, période charnière de l’histoire des littératures-médias, pourra ainsi révéler la profondeur archéologique des cultures actuelles de la communication publique.
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