Project

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Prendre une position épistémique dans l’interaction. Les marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français

English title Taking an Epistemic Stance in Interaction. Markers of Knowing, Ignoring and Doubting in French
Applicant Jacquin Jérôme
Number 188924
Funding scheme Project funding (Div. I-III)
Research institution Sciences du langage et de l'information Faculté des lettres Université de Lausanne
Institution of higher education University of Lausanne - LA
Main discipline Romance languages and literature
Start/End 01.03.2020 - 29.02.2024
Approved amount 499'528.00
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All Disciplines (2)

Discipline
Romance languages and literature
Applied linguistics

Keywords (6)

Parole-en-interaction; Évidentialité; Multimodalité; Linguistique française; Modalité épistémique; Énonciation

Lay Summary (French)

Lead
Lorsque nous communiquons, nous ne faisons pas que transmettre de l'information, mais nous nous positionnons par rapport au degré de certitude dans cette information ainsi que par rapport à son origine. Le projet vise à étudier les marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français à partir de vidéo-enregistrements de débats politiques et de réunions d'entreprise.
Lay summary

On sait depuis longtemps qu'un état de connaissance (savoir, douter, ne pas savoir) constitue, dans l'interaction avec autrui, moins un donné qu'un construit. En d'autres termes, lorsque nous communiquons avec autrui, nous négocions en parallèle et en continu nos « positions épistémiques » respectives, qui ne sont jamais définies une fois pour toutes. Cette prise de conscience a notamment abouti à une révision des études classiques sur l'asymétrie supposément figée entre le médecin et son patient ou entre l'enseignant et ses élèves. Elle a aussi ouvert la porte à l'étude des ressources qui ancrent ces positionnements épistémiques dans l'interaction verbale, autrement dit des différents marqueurs épistémiques (par ex. des adverbes comme "peut-être", ou des expressions comme "ça se peut"). 

Le projet proposera une étude des marqueurs épistémiques du français par l'analyse systématique de collections d’extraits tirés de différents corpus francophones vidéo-enregistrés et documentant différents genres institutionnels apparentés à la politique (débats publics et télévisés) et au monde du travail en entreprise (réunions de travail, travail collaboratif). Pour prendre un exemple parmi d'autres, une telle analyse permettra d'établir le sens de l'adverbe "probablement" en distinction de "peut-être", et cela sur une base empirique et inductive plutôt que strictement théorique.

L'originalité du projet réside dès lors dans une triple ambition :

  • Travailler sur une langue, le français, peu explorée du point de vue du positionnement épistémique, relativement à l'anglais, l'allemand, le finnois, l'estonien ou encore l'hébreu. Le projet contribuera de ce fait à poser les bases pour des comparaisons interlinguistiques, très sollicitées à l’heure actuelle.
  • Faire dialoguer deux approches qui se sont intéressées au phénomène épistémique de manière différente : la linguistique de l'énonciation et la linguistique interactionnelle.
  • Adopter et développer une perspective multimodale sur le positionnement épistémique, c'est-à-dire une perspective qui prend en compte le caractère incarné de la parole (les regards, les gestes, les postures).
Direct link to Lay Summary Last update: 16.10.2019

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Project partner

Collaboration

Group / person Country
Types of collaboration
ICAR / ENS-Lyon France (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
- Research Infrastructure
LIDILEM / Université Grenoble Alpes France (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
Institute of Argumentation, Linguistics and Semiotics (IALS) / Università della Svizzera italiana Switzerland (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
- Publication
- Research Infrastructure
Université de Lille / Paola Pietrandrea France (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
- Publication
- Research Infrastructure

Scientific events



Self-organised

Title Date Place
Repérage, segmentation et catégorisation des marqueurs épistémiques dans le français-en-interaction 12.10.2020 Lausanne, Switzerland

Associated projects

Number Title Start Funding scheme
168033 E-STAMP: Epistemic StanceTaking from a Multimodal Perspective 01.08.2017 Ambizione

Abstract

Comment exprime-t-on et assume-t-on, en français, le fait de savoir quelque chose, d'en douter ou de l'ignorer ? On pourrait croire que cette question d'apparence si simple a été réglée depuis longtemps, tant elle résonne avec notre quotidien : ne sommes-nous pas en effet en permanence en train de moduler, nuancer, adapter le degré de certitude de ce que nous disons et de plus ou moins afficher les sources, des plus directes aux plus indirectes, sur lesquelles nous basons ce que nous avançons ? Les linguistes, y compris celles et ceux qui se sont penchés sur le français, ont certes circonscrit ce qu'on appelle la modalité épistémique, d'une part, le domaine évidentiel de l'autre, identifiant toute une série de marqueurs, des plus lexicaux (« peut-être », « probablement ») aux plus phraséologiques (« il se peut », « il me semble », « j'en sais rien »), qui permettent à une locutrice ou un locuteur de moduler la prise en charge du contenu qu'il ou elle avance. Toutefois, il n'existe aucune étude empirique, basée sur un ensemble de données naturelles constituées en corpus, qui propose une analyse systématique de ces marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute tels qu'ils apparaissent dans des interactions authentiques et tels qu'ils servent, en leur sein, à élaborer des jeux de positionnements respectifs ([je sais, tu ne sais pas]; [nous savons, ils doutent]; etc.).Le présent projet entend proposer la première étude systématique des marqueurs épistémiques et évidentiels du français tels qu'ils émergent dans un corpus documentant 28 heures d'interactions naturelles, 14 étant tirées de débats publics et télévisés, 14 de réunions professionnelles. Ces données originales ont été recueillies et confectionnées lors de recherches antérieures : elles sont pour leur très grande majorité déjà transcrites et sont donc prêtes à être explorées au niveau des marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute. Elles présentent également l'intérêt d'être vidéo-enregistrées et donc de permettre une prise en compte de la dimension mimo-gestuelle, de manière à sortir d'un verbo-centrisme largement critiqué et embrasser une approche plus multimodale du langage et de la communication. Le fait que ces données documentent deux types d'interaction différents - les débats politiques et les réunions professionnelles - rend finalement possibles des comparaisons entre les deux contextes. L'objectif d'étudier systématiquement les marqueurs épistémiques et évidentiels rencontre un état de la littérature particulièrement fragmenté, qu'il s'agisse de perspectives, de données ou de définitions. Ce faisant, le projet implique une avancée sur les fronts théorique, méthodologique et analytique. Au plan théorique, le projet entend clarifier, sur une base empirique, les rapports entre les domaines de l'épistémique et de l'évidentiel en français. Au plan méthodologique, le projet cherche à proposer un cadre d'analyse qui puisse articuler panorama quantitatif d'ensemble et explorations qualitatives de détail. Au plan analytique, le projet vise une analyse systématique des marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français tels qu'ils émergent d'un corpus de données naturelles et cherche à lier ceux-ci aux positions prises par les locutrices et locuteurs dans l'interaction. Sur ces trois fronts, le projet entend articuler les apports et les perspectives des trois champs disciplinaires que sont la linguistique de l’énonciation, la linguistique interactionnelle et l’analyse conversationnelle multimodale, de manière à ce que chaque observable puisse être considéré dans ses dimensions énonciative, interactionnelle et multimodale.En termes de pertinence et d’impact, et au travers de deux recherches doctorales et d'une monographie accessibles en open access, le projet contribuera à une meilleure compréhension du langage - en général - et des ressources énonciatives spécifiques que sont les marqueurs épistémiques/évidentiels - en particulier - du point de vue de leur fonctionnement interactionnel. Il proposera non seulement un enrichissement mutuel de la linguistique de l’énonciation et de la linguistique interactionnelle, mais aussi une modélisation qui intègre le rôle de la multimodalité. Le projet proposera enfin une analyse d’une langue peu explorée du point de vue du positionnement épistémique et il contribuera de ce fait à poser les bases pour des comparaisons interlinguistiques, très sollicitées à l’heure actuelle.
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