Project

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La dose et le poison. Mesurer, gouverner et combattre la toxicité industrielle au 20ème siècle

English title The dose and the poison. Measure, govern and face industrial toxicity in the 20th century
Applicant Elsig Alexandre
Number 185867
Funding scheme Ambizione
Research institution Collège des Humanités (CDH) CDH-EPFL
Institution of higher education EPF Lausanne - EPFL
Main discipline Swiss history
Start/End 01.09.2020 - 31.08.2024
Approved amount 577'722.00
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All Disciplines (2)

Discipline
Swiss history
General history (without pre-and early history)

Keywords (8)

industrial pollution; STS; social history; chemical industry; toxicity; industrial hygiene; ecotoxicology; environmental history

Lay Summary (French)

Lead
La contamination du monde par les substances toxiques est globale, ubiquitaire, peut-être irréversible. Pour ne prendre qu’un exemple marquant de cette prolifération pathogène, des PCB sont désormais décelés depuis les abysses de la fosse des Mariannes jusqu’aux glaces de l’Arctique, en passant par les sédiments du Rhône ou du lac Léman. Ce projet cherchera à comprendre quelles ont été les controverses scientifiques, politiques et sociales qui ont accompagné l’intégration de trois substances toxiques - le mercure, le fluor et les PCB - dans les écosystèmes et les corps tout au long du vingtième siècle, avec une intensité accrue durant les prétendues « Trente Glorieuses ».
Lay summary
Contenu et objectifs

La recherche investiguera l’étude de la régulation de trois substances polluantes emblématiques d’une deuxième industrialisation qui a façonné le secteur secondaire en Suisse : un métal lourd, le mercure, un élément chimique, le fluor et un polluant organique persistant, les PCB. Elle le fera à l’échelle locale et nationale en s’intéressant à l’industrie du chlore et de la pétrochimie, à l’industrie de l’aluminium et à l’industrie électrotechnique, mais aussi à l’échelle globale, là où se discute et se décide la mise aux normes de ces substances, principalement au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Explorant un large corpus d’archives inédites, l’étude permettra d’appréhender quels sont les pôles déterminants pour la légitimation des savoirs concernant la toxicité, comment ces savoirs circulent, s’hybrident, s’affrontent aussi et comment et pourquoi certains savoirs sont décodés politiquement alors que d’autres sont marginalisés.

Si la dose fait le poison, qui fait la dose ? Qui décide des valeurs limites admissibles et selon quels facteurs ? Comment se négocie l’équilibre entre principe de précaution sanitaire d’un côté et capacités financières et techniques d’épuration évoquées par les industriels de l’autre ?

Cette histoire sociale et transnationale de la production des savoirs questionnera la posture des experts scientifiques mobilisés, le poids des lobbies industriels et leur capacité à fabriquer du doute, les capacités de pression des mouvements sociaux et de leur approche profane et militante et enfin l’arbitrage d’autorités publiques marquées par des idéaux technocratiques de confinement de la toxicité.

Contexte scientifique et social du projet de recherche

Le rôle social de l’histoire ne doit pas être négligé dans l’exploration d’une problématique qui mêle, matériellement, passé et présent : même lorsque les produits polluants ont été interdits, leur héritage toxique continue à agir sur les territoires, les corps mais aussi sur les esprits. L’histoire peut alors être prise à partie, à charge ou à décharge, d’autant que l’assainissement de nombreux sites contaminés ou la reconnaissance des maladies professionnelles représentent un enjeu financier conséquent lié à la question des responsabilités de ces contaminations.
Direct link to Lay Summary Last update: 07.12.2020

Lay Summary (English)

Lead
The contamination of the world by toxic substances is now global, ubiquitous, perhaps irreversible. To take just one striking example of this pathogenic proliferation, PCBs (polychlorinated biphenyls) are now being detected from the abyss of the Mariana trench to the Arctic ice, or in the sediments of the Rhone or the Rhine. This project will seek to understand the scientific, political, and social controversies that accompanied the integration of three toxic substances - mercury, fluorine, and PCBs - into ecosystems and bodies throughout the twentieth century, with increased intensity during the so-called "Glorious Thirty".
Lay summary

Following Paracelsus, the toxicological paradigm was that the dose makes the poison. But then, who makes the dose? Who decides on the threshold limit values and according to what factors? How is the balance negotiated between scientific knowledge on the one hand and financial and technical capacities evoked by industrialists on the other? The norms and threshold values are not neutral, they are the result of a balance of power between different economic, scientific and political actors.

The research wants to investigate these bargainings by studying the regulation of three polluting substances emblematic of a second industrialization that has shaped the secondary sector in Switzerland: a heavy metal, mercury, a chemical element, fluorine, and a persistent organic pollutant, PCBs. It will do so on a local and national scale, focusing on the chlor-alkali and petrochemical industries, the aluminium industry and the electrotechnical industry, but also on a global scale, where the evaluation of these substances is discussed, mainly within the International Labour Organisation (ILO), the World Health Organisation (WHO) and the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD).

Exploring a large body of unpublished archives, the analysis will seek to capture the attempts of governments to influence the international agenda, but also the implementation of transnational recommendations at the national and local levels. This study will question the position of the mobilized scientific experts, the weight of the industrial lobbies and their capacity to produce doubt, the pressure capacities of the social movements and their lay and militant approach, and finally the arbitration of public authorities marked by technocratic ideals of toxicity containment.

Because of its claim to be a history of the present time, this investigation finally calls for increased collaboration between the human and social sciences on the one hand and environmental sciences and engineering on the other, to look deeper at the complex relationships between epistemology and «agnotology», and between knowledge and power.

Direct link to Lay Summary Last update: 07.12.2020

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Abstract

La contamination du monde par les substances toxiques est globale, ubiquitaire, peut-être irréversible [Jarrige, Le Roux, 2017]. Pour ne prendre qu’un exemple marquant de cette prolifération pathogène, des PCB (polychlorobiphényles) sont désormais décelés depuis les abysses de la fosse des Mariannes jusqu’aux glaces de l’Arctique, en passant par les sédiments du Rhône ou du lac Léman. Ce projet cherchera à comprendre quelles ont été les controverses scientifiques, politiques et sociales qui ont accompagné l’intégration des substances toxiques dans les écosystèmes et les corps tout au long du vingtième siècle, avec une intensité accrue durant les prétendues « Trente Glorieuses ».Suivant la célèbre formule de Paracelse, la dose fait le poison. Mais alors, qui fait la dose ? Qui décide des valeurs limites admissibles et selon quels facteurs ? Comment se négocie l’équilibre entre principe de précaution sanitaire d’un côté et capacités financières et techniques d’épuration évoquées par les industriels de l’autre ? La recherche investiguera ces questions par l’étude de la régulation de trois substances polluantes emblématiques d’une deuxième industrialisation qui a façonné le secteur secondaire en Suisse : un métal lourd, le mercure, un élément chimique, le fluor et un polluant organique persistant, les PCB. Elle le fera à l’échelle locale et nationale en s’intéressant à l’industrie du chlore et de la pétrochimie, à l’industrie de l’aluminium et à l’industrie électrotechnique, mais aussi à l’échelle globale, là où se discute et se décide la mise aux normes de ces substances, principalement au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).Explorant un large corpus d’archives inédites, cette analyse cherchera à saisir les tentatives d’influence des États sur l’agenda international, mais aussi la mise en œuvre des recommandations multipartites à l’échelle nationale et locale. L’étude permettra d’appréhender quels sont les pôles déterminants pour la légitimation des savoirs concernant la toxicité, comment ces savoirs circulent, s’hybrident, s’affrontent aussi et comment et pourquoi certains savoirs sont décodés politiquement alors que d’autres sont marginalisés. Cette histoire sociale et transnationale de la production des savoirs questionnera la posture des experts scientifiques mobilisés, le poids des lobbies industriels et leur capacité à fabriquer du doute, les capacités de pression des mouvements sociaux et de leur approche profane et militante et enfin l’arbitrage d’autorités publiques marquées par des idéaux technocratiques de confinement de la toxicité.Le rôle social de l’histoire ne doit pas être négligé dans l’exploration d’une problématique qui mêle, matériellement, passé et présent : même lorsque les produits polluants ont été interdits, leur héritage toxique continue à agir sur les territoires, les corps mais aussi sur les esprits. L’histoire peut alors être prise à partie, à charge ou à décharge, d’autant que l’assainissement de nombreux sites contaminés ou la reconnaissance des maladies professionnelles représentent un enjeu financier conséquent lié à la question des responsabilités de ces contaminations. Par son caractère revendiqué d’histoire du temps présent, cette enquête demande enfin une collaboration accrue entre sciences humaines et sociales et sciences et ingénierie de l’environnement et cet échange interdisciplinaire sera offert par la réalisation du projet au Collège des Humanités de l’EPFL, observatoire privilégié des rapports complexes entre recherche appliquée et recherche fondamentale, entre épistémologie et « agnotologie » [Proctor, 2014], entre savoir et pouvoir.
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