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L'analogie chez Aristote

English title Analogy in Aristotle
Applicant Nolle François
Number 187854
Funding scheme Doc.Mobility
Research institution Fakultät für Philosophie Ludwig-Maximilians-Universität
Institution of higher education Institution abroad - IACH
Main discipline Philosophy
Start/End 01.08.2019 - 30.09.2020
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All Disciplines (2)

Discipline
Philosophy
Ancient history and Classical studies

Keywords (6)

History of Logic; Aristotle; History of Mathematics; History of Biology; Analogy; History of Philosophy

Lay Summary (French)

Lead
Aucune monographie de littérature secondaire n’est consacrée entièrement à l’analogie chez Aristote. Et pourtant, celle-ci semble être un outil fondamental pour la science aristotélicienne, puisqu’on la trouve presque à chaque page de son œuvre, le plus souvent de façon implicite.
Lay summary

Objectifs du travail de recherche

            L’étude approfondie de la définition et de l’usage de l’analogie permettrait d’aboutir à deux résultats fondamentaux pour la recherche sur la philosophie aristotélicienne. Premièrement, l’analogie pourrait être manifestée comme un outil permettant de faire dialoguer les différentes sciences aristotéliciennes entre elles, alors que celles-ci sont habituellement considérées comme étant indépendantes les unes des autres. Deuxièmement, notre travail pourrait permettre de créer un pont dans la recherche contemporaine entre les études sur la logique aristotélicienne et celles sur sa biologie : nous souhaitons en effet manifester en quoi l’analogie biologique est en accord profond avec la théorie de la science développée notamment dans les Seconds Analytiques.

Au terme de ce travail, je souhaite pouvoir montrer que l’analogie est presque un impensé de la philosophie d’Aristote et de son histoire : elle est partout, mais n’est que très peu explicitée. Cela permettrait de réévaluer l’interprétation générale de l’œuvre d’Aristote, et la manière dont elle est enseignée et vulgarisée.

 

Contexte scientifique et sociétal du projet de recherche

Ce travail pourra, je l’espère, être également utile à la réflexion contemporaine sur l’analogie dont on sait qu’elle intéresse des champs de recherche très diversifiées, de la linguistique à la physique en passant par la médecine, la psychologie, la biologie, les neurosciences, l’épistémologie et la logique.

Direct link to Lay Summary Last update: 01.07.2019

Responsible applicant and co-applicants

Abstract

Mon projet de recherche a pour volonté de déterminer la manière dont il faut définir l’analogie chez Aristote, et son rôle dans la science aristotélicienne. Le concept d'analogie chez Aristote pose plusieurs problèmes, tant dans sa définition que dans la manière dont il est utilisé. Car il est difficile de déterminer ce que signifie précisément le terme grec "logos" dans "ana-logon", mais aussi dans quelles conditions l'analogie semble pouvoir transgresser la division générique des différentes sciences. De plus, Aristote parle très peu de l'analogie dans ses oeuvres logiques, bien qu'il l'utilise largement dans sa pratique scientifique. Alors, quel est exactement le rôle épistémologique de l'analogie ? Y a-t-il une tension entre la théorie scientifique aristotélicienne et sa pratique ? En ce qui concerne la définition de l'analogie, le problème est de savoir comment comprendre le terme "logos". Ma thèse est qu'il s'agit, dans l’"ana-logos", d'une identité de relations. L'analogie en Grèce a une origine mathématique , et désignait les proportions à quatre termes que nous connaissons aujourd’hui sous la forme du théorème de Thalès. Or les Grecs n'avaient pas de terme pour se référer à ce que nous entendons aujourd'hui par "relation", mais seulement une expression ("pros ti") désignant les relatifs. Mon hypothèse est donc qu’ils ont utilisé l'équivocité du mot "logos" pour nommer la relation, et ont ajouté la préposition "ana" pour désigner la répétition ou l'identité des relations en question. Je souhaite montrer que cette hypothèse se vérifie chez Aristote, qui suit à cet égard ses prédécesseurs. Pour vérifier cette hypothèse, j’étudierai les textes dans lesquels Aristote parle explicitement d’analogie pour montrer que nous sommes toujours en présence d’identité de relations, dans les exemples pris par Aristote, et dans les propriétés de l’analogie qu’il développe. Ce qui est essentiel à une analogie, ce ne sont pas les entités qui sont liées, mais l'identité des relations qui sont en jeu. Cette identité des relations est d'abord présente en mathématiques (A/B = C/D), mais la définition très générale et formelle de l'analogie permet à Aristote de l'étendre à tous les autres domaines, y compris la biologie et même la métaphysique. Concernant l'usage de l'analogie, le premier problème concerne la manière dont l'analogie permet de transgresser les genres : Aristote prétend que les principes d'une science ne peuvent pas être utilisés dans des démonstrations d'autres sciences, sauf par analogie. Certains principes semblent être les mêmes dans toutes les sciences, par exemple " si des choses égales sont retirées des choses égales, les restes sont égaux ". Ma thèse est que ces principes peuvent être utilisés par analogie parce qu'ils sont suffisamment généraux pour s'appliquer à tous les types d'êtres, et parce qu'ils sont appliqués à chaque genre de science d'une manière différente. Je tenterai de vérifier cela à la fois dans les textes où Aristote aborde de façon spéculative la question des principes communs des différentes sciences, et dans les textes où Aristote manifeste sa pratique scientifique et l’application de principes communs à une science précise. Le deuxième problème concerne le rôle épistémologique de l'analogie chez Aristote. Ma thèse est que l'analogie peut être la base d'une définition et d'un raisonnement scientifique au sens aristotélicien. L'analogie est la découverte d'identités essentielles entre des choses qui semblent éloignées les unes des autres ; il peut alors y avoir un raisonnement au sujet de ces identités essentielles. Aristote ne parle explicitement de l’analogie que dans quelques textes de logique, notamment dans les Seconds Analytiques et les Topiques. J’espère que ces textes permettront de justifier théoriquement l'usage massif qu'il fait de l’analogie, quoique souvent de façon implicite, en physique, en biologie et en cosmologie.
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