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Abstract

Cette thèse, préparée sous la direction de Marie-José Béguelin, a été soutenue à Neuchâtel en juin 2017 et a obtenu la mention 'summa cum laude'. L'étude est consacrée à l'étude approfondie d'une famille de structures bien attestées en français parlé, mais encore peu ou imparfaitement décrites dans la littérature linguistique, du type : 'j’ai le nez qui pique' ; 'elle a son sac qui est tombé' ; j'’ai quelqu’un qui frappe à la porte'. Ces structures bi-verbales, impliquant avoir + un autre verbe conjugué, tendent à prendre le pas, en français parlé, sur les formulations en SN-SV telles que 'le nez me pique', 'son sac est tombé', 'quelqu’un frappe à la porte'. Lambrecht (2008, 2010) a vu dans ce trait du français parlé la conséquence d’une tendance plus générale à dissocier référence et prédication, sous l’effet de contraintes liées au traitement cognitif de l’énoncé. Complexes en surface, mais facilitatrices au plan pragmatique, les structures 'j’ai X qui 'soulèvent des problèmes d’analyse dont cette thèse démontre qu’ils n’ont pas reçu jusqu’ici de réponses globalement satisfaisantes. Ces problèmes (au demeurant corrélés) concernent en particulier : (i) Le statut du verbe avoir dans ces structures : y est-il un verbe constructeur de plein exercice, prédicatif, constituant une proposition, ou faut-il y voir au contraire un « prédicat faible » ? Corollairement, avoir est-il en l’occurrence un verbe « lexical », un avatar « subduit » ou sémantiquement « blanchi » ? un verbe « existentiel », « attributif », un « verbe support », ou encore un « auxiliaire de dispositif » ? (ii) La valence du verbe avoir : le 'X qui...' qu’il construit en ce cas représente-t-il un complément « double », « complexe », « nexuel », ou alors deux compléments distincts ? (iii) Le statut catégoriel de la séquence en 'qui' : faut-il y voir une relative prédicative ou autre chose ? A-t-on affaire ou non à un cas de subordination ? (iv) L’absence d’homogénéité de la catégorie 'j’ai X qui' : quels sous-types convient-il de distinguer, et en fonction de quels critères (cf. le statut à part des exemples bien repérés avec l’article défini 'j’ai le nez qui pique', impliquant une relation de possession inaliénable) ? (v) Le rapport de 'j’ai X qui' avec les constructions dites à attribut de l’objet, telles que 'je l’entends qui marche au premier', j'e la crois prudente', 'il mange son steak bleu', etc. : quels points communs, quelles différences entre ces structures, compte tenu du type de verbe concerné (de perception, 'sentiendi', autre) ? (vi) Plus généralement, le déphasage qui existe, dans ce type d’emplois de j’ai X qui, entre l’analyse syntaxico-sémantique littérale, dégageant une « principale » et une « subordonnée », une prédication « première » et une prédication « seconde », éventuellement une « double prédication à pivot », alors même que leur fonctionnement sémantique global équivaut à une prédication simple. L'auteure a choisi de capter la séquence dans ses contextes d’apparition authentiques, en mettant au jour les séquences (numériquement majoritaires) qui ne correspondent pas aux stéréotypes relevés dans les travaux spécialisés. Ainsi, elle permet d'entrevoir les conditions dans lesquelles certaines constructions se sont cristallisées en langue, et la manière dont ces constructions s’articulent avec les exemples tout-venant.
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