Publication

Back to overview Show all

Original article (peer-reviewed)

Journal Romania
Volume (Issue) 138
Page(s) 97 - 120
Title of proceedings Romania
DOI 10.3406/roma

Open Access

URL https://www.persee.fr/collection/roma
Type of Open Access Green OA Embargo (Freely available via Repository after an embargo)

Abstract

Mais qu’ont à voir les femmes avec les lettres de l’alphabet ? Si l’ABC a femmes anglo-normand est tout entier dédié à la question, les abécédaires de Huon le Roi de Cambrai, Ferrant ou Guillaume Alecis ne sont pas en reste, qu’il s’agisse de chanter la Femme parmi les femmes, Marie, ou d’évoquer à travers elle, voire par contraste, des figures moins éthérées, même carrément terriennes. Bien avant les lettres-femmes de Erté, la jouissance barthésienne du ductus et de la plastique alphabétique et l’ABC érotiques d’Héliot , les abécédaires en français du Moyen Âge comparent avec constance le tracé des lettres aux courbes féminines, ou encore en associent les sonorités à des qualités physiques ou morales jugées emblématiques du « beau sexe ». Au-delà de la féminisation de chaque lettre, il arrive aussi que la disposition des strophes selon l’ABC fraie aux poètes une voie, spirituelle ou amoureuse, pour approcher la Dame. Aux antipodes de l’arbitraire du signe, ces deux pratiques de surdétermination des lettres de l’alphabet s’inscrivent dans le cadre d’une prière, d’un éloge ou d’un blâme qui fait la part belle à celle(s) qui l’inspire(nt). Dans cet article, je tente de dégager les traits les plus saillants de cet entrelacs, curieusement récursif, des femmes et des lettres. Il s’agit d’envisager les modalités, religieuses ou mondaines, encomiastiques ou dépréciatives, de leur interaction au sein des textes, en vue de circonscrire certains des enjeux propres à ce corpus.
-