Publication

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Editors (peer-reviewed)

Editor , Radomme Thibaut; , Uhlig Marion
Publisher Oxford University Press, Oxford
ISBN 0016-1128
DOI 10.1093/fs/knab050

Open Access

URL https://academic.oup.com/fs/issue/75/3
Type of Open Access Green OA Embargo (Freely available via Repository after an embargo)

Abstract

Le dossier que nous proposons est le premier résultat collectif du projet ‘Jeux de lettres et d’esprit dans la poésie manuscrite en français (XIIe-XVIe siècles)’, dirigé par Marion Uhlig (Université de Fribourg) et financé par le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique. Les articles rassemblés ici ont fait l’objet d’une session de communications lors du XVIe Congrès de la Société Internationale de Littérature Courtoise (University of Exeter, 22-27 juillet 2019). Ils constituent par ailleurs la première étape en vue de la réalisation d’une anthologie qui proposera l’édition (si nécessaire, la réédition), la traduction et le commentaire critique (philologique, lexicologique, littéraire) des poèmes abécédaires médiévaux en langue française. Les poèmes abécédaires représentent une tradition féconde, à défaut d’être pléthorique: au long des trois derniers siècles du Moyen Âge, on compte une dizaine de pièces, conservées dans un seul, six ou plusieurs dizaines de manuscrits, circulant comme textes indépendants ou intégrés à des œuvres plus vastes, et connaissant même l’honneur de la traduction (la louange abécédaire à la Vierge de Guillaume de Digulleville est traduite par Geoffrey Chaucer). Le premier problème, abordé par plusieurs auteurs du dossier, est d’évaluer la mesure dans laquelle les poèmes abécédaires forment, au-delà de l’artifice formel, un ensemble cohérent: des considérations externes (répartition géographique et contexte manuscrit des textes) aussi bien qu’internes (mobilisation de la notion de complétude et de la symbolique du chemin alphabétique) permettent de conclure, dans une certaine mesure, à l’unité du corpus – et donc à la pertinence du projet d’anthologie. La seconde question, qui forme le cœur de notre réflexion collective, concerne la signification du poème abécédaire, les conditions de l’emploi du procédé alphabétique et les circonstances de sa réception par les lecteurs médiévaux. La tonalité mariale d’une bonne part du corpus, la discussion critique de la figure féminine et l’intention généralement moralisante du poète fournissent des indices précieux quant à l’identité générique de nos poèmes, qui se rattachent tantôt à la tradition des paraphrases françaises de prières à la Vierge, tantôt à celle des poèmes didactiques, voire édifiants. Dans tous les cas, le recyclage d’un procédé formel hérité de la poésie médiolatine trahit l’origine cléricale de nos textes. De manière générale, les articles proposent, dans les perspectives diverses qui sont les leurs (socioculturelle, codicologique, philologique et littéraire), un substantiel état de l’art sur les poèmes abécédaires, utile à la communauté scientifique et nécessaire à la préparation de l’anthologie critique. Ainsi, le dossier que nous proposons nourrit l’ambition d’attirer l’attention des spécialistes du français médiéval sur des textes peu connus, rarement envisagés comme un ensemble cohérent, mais dont la connaissance promet pourtant de jeter une lumière stimulante sur les jeux de lettres et de mots au sens large dans la poésie médiévale – c’est-à-dire, à travers eux, sur l’œuvre d’auteurs aussi fameux et remarquables que Gautier de Coinci, Rutebeuf ou Jean de Meun.
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