Lead
Au cours des vingt dernières années, les instruments de marché se sont peu à peu imposés dans tous les domaines des politiques environnementales. Cette évolution est particulièrement sensible en relation avec les politiques de conservation de la biodiversité. Plusieurs types d’instruments ont été proposés tour à tour au cours des deux dernières décennies pour favoriser la valorisation économique de la biodiversité et promouvoir sa conservation, notamment les accords de bioprospection, les mécanismes de paiement pour la déforestation évitée (REDD+), les paiements pour services environnementaux et les filières émergentes de « super-aliments ».

Lay summary

Les références au développement des marchés pour inciter à la conservation de la biodiversité sont omniprésentes dans les arènes de négociations internationales consacrées à la biodiversité aussi bien que dans la formulation de politiques publiques, et des stratégies des divers acteurs du monde de la conservation. Cependant les pratiques concrètes de mise en économie de la nature sont peu étudiées. Ce projet a pour objet d’étudier les promesses successives de conservation de la biodiversité par le marché avancées depuis le début des années 1990.

Ces promesses de réaliser la conservation grâce à la mise en économie de la nature prennent la forme de discours relatifs aux vertus de marché, qui ont une incidence sur les politiques et stratégies des acteurs de la conservation et orientent leurs pratiques. Cette influence est toutefois complexe. Ce projet s’attachera à analyser les promesses de conservation par le marché en tant que récits, puis à décrire les institutions mises en place pour donner corps à ces promesses (acteurs impliqués, règles, normes, objets et mesures) et enfin à traiter des impacts de ces dernières en matière de protection de la nature. Il s’appuiera sur des exemples de mise en œuvre d’accords de bioprospection, de mécanismes de paiement pour la déforestation évitée (REDD+) et de paiements pour services environnementaux en Amérique centrale (Panama, Costa Rica) et d’une filière de « super-aliments » (l’amarante) au Mexique.

Le projet combine la sociologie des sciences et l’analyse critique de discours pour comprendre et déconstruire les récits relatifs à l’érosion de la biodiversité et aux moyens de la contrer en s’appuyant sur l’économie et l’analyse institutionnelle des dispositifs de conservation de la biodiversité. Il contribue à mettre en évidence les dimensions cycliques des politiques de conservation, les passages obligés qu’elles empruntent systématiquement. Dans le même temps, il entend mettre à jour et proposer d’autres façons de rendre compte de la dégradation de la biodiversité.