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La ville ornée. Pour une histoire globale des façades peintes à l'époque moderne (Suisse/Europe)

English title The Decorated City. For a Global History of Painted Facades in Early Modern Time (Swiss/Europe)
Applicant Koering Jérémie
Number 201148
Funding scheme Project funding
Research institution Département d'histoire de l'art et d'archéologie Université de Fribourg
Institution of higher education University of Fribourg - FR
Main discipline Visual arts and Art history
Start/End 01.09.2021 - 31.08.2025
Approved amount 1'363'198.00
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All Disciplines (2)

Discipline
Visual arts and Art history
General history (without pre-and early history)

Keywords (12)

représentation; monument; patrimoine; peinture murale; politique; ville; fresque; façade peinte; image; espace public; urbanisme; sgraffito

Lay Summary (French)

Lead
Entre les XVe et XVIIIe siècles, un grand nombre de villes européennes comportait des façades peintes (al secco, al fresco et a sgraffito) réunissant des scènes historiées, des figures monumentales (historiques, mythologiques, allégoriques), des ornements (héraldiques, végétaux, à l’antique, grotesques) et des structures architecturales feintes. Ces façades peintes constituent un merveilleux laboratoire de la représentation, au double sens transitif et réflexif du terme. En se focalisant sur les édifices laïcs (palais, hôtels de ville, maisons bourgeoises, etc.), ce projet entend analyser les enjeux identitaires, politiques, sociaux et artistiques qui traversent cette pratique décorative. Plus largement, il s’agit de mesurer la contribution de ce phénomène à la définition de « l’espace public » dans les sociétés urbaines européennes.
Lay summary

Contenu et objectifs du travail de recherche

Que ce soit d’un point de vue technique, figuratif ou formel, aucune surface n’offre moins de neutralité aux artistes qu’une façade. La façade est un lieu ambivalent et poreux : elle est paroi, mur, clôture, mais aussi interface temporelle et physique ou encore surface de projection métaphorique (front, écran, vêtement, peau, face, visage). Ce lieu est surdéterminé par toute une série d’oppositions dialectiques : dehors-dedans, extériorité-intériorité, privé-public, passé-présent-futur. Instrument d’auto-promotion (de l’artiste comme du commanditaire), la façade peinte est un marqueur stylistique important qui articule une rhétorique formelle complexe selon l’importance de l’édifice.

En dépit du nombre de décors réalisés (à Anvers, Augsbourg, Bâle, Florence, Gênes, Innsbruck, Lucerne, Nuremberg, Prague, Rome, Schaffhouse, Stein am Rhein, Trente, Venise, Vérone ou Vienne) et malgré la renommée des artistes qui ont conçu et exécuté ces ensembles décoratifs (Floris, Giorgione, Holbein le Jeune, Bock l’Ancien, Breu l’Ancien, Burgkmair, Mantegna, Polidoro da Caravaggio, Schäufelein, Stimmer, Tintoret, Titien, Vasari, Zuccari, etc.), ce phénomène artistique majeur demeure encore très largement méconnu et trop souvent négligé par les historien·ne·s de l’art. Cantonnées trop souvent à des aires géographiques restreintes, les recherches déjà entreprises nous privent d’une approche théorique surplombante. L’ambition de ce projet est de dépasser cette discontinuité, de décloisonner la recherche en entreprenant des études comparatives et systématiques des décors réalisés en Europe, et plus particulièrement en Suisse, entre les xve et xviiie siècles afin de dégager une vue globale et thématique du phénomène.

Contexte socio-scientifique

La portée scientifique du projet reposera sur un constant partage des connaissances entre les spécialistes de l’image, de l’art, de l’architecture, de l’urbanisme, de la technique (conservateurs, restaurateurs, architectes) et du patrimoine. L’objectif est d’élaborer une documentation et une réflexion rigoureuse sous la forme de base de données en libre accès, de publications numériques, d’actes de colloque, de mémoires de Master, de thèses de doctorat et d’habilitation. Ce matériau aura pour vocation de nourrir de futurs projets de recherche collectifs ou individuels.

Direct link to Lay Summary Last update: 12.04.2021

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Project partner

Abstract

Entre les XVe et XVIIIe siècles, la plupart des villes européennes comportaient des façades peintes (al secco, al fresco et a sgraffito) réunissant des scènes historiées, des figures monumentales (historiques, mythologiques, allégoriques), des ornements (végétaux, à l’antique, grotesques), et des structures architecturales feintes. Or, en dépit du nombre de décors réalisés et malgré la renommée des artistes qui ont conçu et exécuté ces ensembles décoratifs (Andrea Mantegna, Titien, Tintoret, Hans Holbein le Jeune, Tobias Stimmer, Frans Floris, Cornelis Ketel, etc.), ce phénomène artistique majeur demeure encore très largement méconnu et trop souvent négligé par les historien.ne.s de l’art. Il apparaît pourtant indispensable à qui souhaite étudier la culture visuelle des civilisations urbaines de l’Europe de se pencher sur cet important corpus. Le présent projet entend redonner aux façades peintes toute la place qu’elles méritent sur le plan historique et artistique. Sur un méridien stylistique reliant le Nord au Sud de l’Europe, le phénomène de la façade peinte constitue en effet un merveilleux laboratoire de la représentation, au double sens transitif et réflexif du terme, dont l’étude promet de livrer des informations fondamentales sur la culture visuelle et l’usage des images dans les villes de l’époque moderne. Afin de répondre à cette promesse, ce projet entend confronter les ensembles décoratifs conservés ou simplement documentés pour mettre en évidence les enjeux politiques, sociaux et artistiques qui traversent cette pratique décorative - il s’agira notamment de revisiter la notion d’« espace public » à l’aune des façades peintes et d’envisager l’image, non plus comme une entité per se, mais comme un élément constitutif du tissage urbain.L’ambition de ce projet est de décloisonner la recherche sur les façades peintes - trop souvent cantonnée à des aires géographiques restreintes - en entreprenant, grâce aux forces combinées de deux doctorant.e.s, d’un.e post-doctorant.e, d’un.e chercheur/se sénior et du professeur requérant, des études comparées et systématiques des décors réalisés en Europe, et plus particulièrement en Suisse, entre les XVe et XVIIIe siècles.Tout en optant pour une approche globale du phénomène, cette enquête accordera une place particulière au corpus suisse. La Suisse jouit en effet d’une position stratégique sur le plan historique et artistique dans le développement des façades peintes. Géographiquement placée sur l’axe Nord-Sud, historiquement inscrite à l’articulation du Saint-Empire germanique et de l’Italie à naître, la Suisse opère une synthèse entre les multiples influences tout en se forgeant un langage artistique propre. Des villes comme Bâle, Schaffhouse, Lucerne en sont de vibrants témoignages. Il nous importera donc de suivre l’enchâssement des deux pans - continental et national - et de défendre un projet suisse de recherche appelé, en dehors des débats politiques, à prendre une dimension européenne. À l’instar de son ancienne production artistique, la Suisse d’aujourd’hui pourrait constituer, sur le plan académique, le Knotenpunkt d’une recherche ambitieuse. Et qu’un tel projet puisse être mené à Fribourg, sur la frontière impalpable entre latinité et germanité, serait, plus qu’une coïncidence significative, une opportunité que nous appelons de nos vœux. La portée scientifique d’un tel projet reposera enfin sur un constant partage des connaissances entre les spécialistes de l’image, de l’art, de l’architecture, de l’urbanisme, de la technique (conservateurs, restaurateurs, architectes) et du patrimoine. Nous souhaitons élaborer une documentation et une réflexion rigoureuse sous la forme de base de données en libre accès, de publications numériques, d’actes de colloque en version papier, de mémoires de Master, de thèses de doctorat et d’habilitation. Ce matériau aura pour vocation de nourrir de futurs projets de recherche collectifs ou individuels.
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