Project

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L'humanitaire vécu : Genre, expériences et savoirs (1853-1945)

English title Lived Humanitarianism: Gender, Experiences and Knowledge(s) (1853-1945)
Applicant Martin Moruno Dolores
Number 198901
Funding scheme SNSF Professorships
Research institution Institut Ethique Histoire Humanités - iEH2 Faculté de Médecine Université de Genève
Institution of higher education University of Geneva - GE
Main discipline General history (without pre-and early history)
Start/End 01.09.2021 - 31.08.2022
Approved amount 329'207.00
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Keywords (7)

histoire des émotions; histoire de l'aide humanitaire; histoire des savoirs et pratiques de la santé; histoire orale; Gender; histoire de l'expérience; culture visuelle et matérielle

Lay Summary (French)

Lead
Ce projet examine les expériences des actrices humanitaires, lors de leur participation dans des opérations de secours d’urgence de la Guerre de Crimée à la Seconde Guerre mondiale. Au-delà de l’histoire des femmes, il vise à comprendre leur pratique quotidienne à la lumière des rapports de pouvoir qu’elles ont entretenu avec leurs collègues masculins -des médecins et des délégués-, ainsi qu’avec les bénéficiaires de leur aide.
Lay summary

Contenu et objectifs du travail de recherche

L’histoire de l’humanitaire a été dominée par une vision masculine. En effet, les femmes ont joué un rôle subalterne, qui s’est traduit par l’absence d’informations concernant leurs activités. Afin de combler cette lacune, ce projet s’appuie sur l’identification de sources inédites qui témoignent de la présence des femmes sur le terrain. 

Dans un premier temps, le projet examinera ces documents en mobilisant la catégorie du genre pour déconstruire des représentations stéréotypées des femmes humanitaires en tant que figures maternelles. Dans un deuxième temps, il s’agira d’analyser leur vécu en incluant des réactions affectives comme la compassion, mais également d’autres comme l’indignation ou le ressentiment. Enfin, l’objectif sera d’interpréter leurs expériences comme la source d’une pluralité de savoirs produits sur le théâtre d’opérations. 

Contexte scientifique et social du projet de recherche 

Le projet intègre des sources comme des journaux, des lettres, des dessins et des films, des méthodes et des analyses liées à l’histoire de la médecine, l’histoire du genre, l’histoire des émotions, l'histoire de l'expèrience et les études sur la culture visuelle et matérielle. En questionnant qui sont les acteurs légitimes de l’humanitaire, il ambitionne de restituer un savoir propre à l’aide humanitaire. 

Direct link to Lay Summary Last update: 20.11.2020

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Associated projects

Number Title Start Funding scheme
168954 Warriors without Weapons: Humanitarian Action in the Spanish Civil War and the Republican Exile 01.10.2016 Scientific Conferences
210464 Making Humanitarian Crises: Emotions and Images in History 01.04.2022 Open Access Books
187562 Regarding the Pain of Others: What emotions have to do in the history of humanitarian images 01.06.2019 Scientific Exchanges
199542 Beyond Compassion: Gender and Humanitarian Action 01.03.2021 Agora
170484 Ces femmes qui ont fait l'humanitaire : une histoire genrée de la compassion de la Guerre Franco-Prusienne à la Seconde Guerre Mondiale 01.09.2017 SNSF Professorships
157289 Emotional Bodies: A workshop on the historical performativity of emotions 01.10.2014 Scientific Conferences
195224 La bataille émotionnelle des infirmières et marraines de guerre sur le front de l’Yser (1914-1918) 01.10.2021 Doc.Mobility

Abstract

Cette requête a pour intention de donner suite aux travaux initiés dans le cadre du projet « Ces femmes qui ont fait l’humanitaire : une histoire genrée de la compassion de la Guerre franco-prussienne à la Seconde Guerre mondiale ». Afin de répondre à sa question centrale - comment reconstruit-on le savoir que les femmes ont produit en secourant les victimes des guerres du 19e et 20e siècles ? - cette recherche a préconisé comme méthode l’analyse croisée de deux types de sources : les rapports d’activité des organisations et les égo-documents, qui permettent de combler les lacunes d’information sur leur participation aux opérations de secours d’urgence. En envisageant la compassion comme la force motrice de l’action humanitaire, l’hypothèse initiale a été de considérer que les femmes auraient associé ce sentiment avec un ensemble de pratiques relatives aux soins, conformément à une division sexuelle du travail. Pour tester sa viabilité, l’équipe a suivi un plan de recherche parcourant trois axes au cœur de l’Europe des Empires : a) l’intervention conjointe des femmes aux réformes sanitaires de la Guerre de Crimée (1853-1856), au mouvement abolitionniste contre la prostitution et à l’humanitaire de la Guerre franco-prussienne (1870-1871) ; b) l’aide destinée à la Belgique sur le front de l’Yser et aux grands blessés dans les trains-hôpitaux qui parcouraient la Suisse durant la Première Guerre mondiale (1914-1918) ; et c) l’action humanitaire suisse menée au carrefour de la Guerre civile espagnole (1936-1939) et de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) dans les camps d’internement situés au Sud de la France. Les résultats de ces études nous ont permis d’interpréter l’expression changeante de la compassion des femmes humanitaires en connexion avec l’évolution des pratiques qu’elles ont mobilisées pour soulager la souffrance des victimes comme des soldats malades et blessés, des prisonniers ou des réfugié.e.s. Cependant, l’équipe a constaté que la compassion permettait d’appréhender une partie de la complexité du vécu de ces femmes humanitaires, qui étaient aussi marquées par le désarroi, la peur et l’indignation face aux dilemmes auxquels elles ont été confrontées sur le terrain. Faut-il apporter de l’aide même si cela contribue à perpétuer la violence de la guerre ou respecter la neutralité devant l’extermination systématique d’un groupe ciblé ? Ces paradoxes nous ont imposé une révision critique du cadre méthodologique du projet. Comme nous avons pu l’observer, l’histoire de la compassion reflète la vision institutionnelle détenue par les organisations, y compris les idéologies dominantes de genre, de classe, d’ethnie et de religion qui ont traversé l’histoire de l’humanitaire. Pour déconstruire la représentation stéréotypée des femmes en tant que figures maternelles, cette requête adopte comme outils d’interprétation les catégories de ‘genre’, ‘d’expérience’ et de ‘savoirs’. D’une part, la découverte de sources inédites (écrites, visuelles et orales) ouvre la possibilité de développer une analyse du genre plus détaillée, en dévoilant les rapports de pouvoir incarnés par ces soins féminins à la lumière des témoignages de leurs collègues masculins, ainsi que des bénéficiaires de leur aide. D’autre part, la considération de ces sources en tant que traces matérielles de l’expérience favorise leur examen en tant qu’objets physiques, dont la texture a fait sentir l’humanitaire à différents publics. Enfin, leur réception au présent permet la restitution d’une pluralité de savoirs, qui sont restés en marge de la médecine officielle. Par ce moyen, l’objectif ultime de cette recherche est de contribuer au développement d’une histoire des pratiques de la santé capable de tirer une leçon de l’humanitaire tel qu’il a été vécu par les générations précédentes.
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