Project

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PRISME (la Promesse comme Réalité Instituante: les Solutions de Marché pour l'Environnement)

English title Institutional promises and their constitutive force: Market-based solutions to the biodiversity crisis
Applicant Boisvert Valérie
Number 182308
Funding scheme Project funding (Div. I-III)
Research institution Institut de géographie et durabilité Faculté des géosciences et de l'environnemen Université de Lausanne
Institution of higher education University of Lausanne - LA
Main discipline Social geography and ecology
Start/End 01.11.2020 - 31.10.2024
Approved amount 497'081.00
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All Disciplines (3)

Discipline
Social geography and ecology
Other disciplines of Environmental Sciences
Sociology

Keywords (7)

économie de la promesse; politiques de biodiversité; super-aliments; bioprospection; Paiements pour services environnementaux; instruments de marché; déforestation évitée

Lay Summary (French)

Lead
Au cours des vingt dernières années, les instruments de marché se sont peu à peu imposés dans tous les domaines des politiques environnementales. Cette évolution est particulièrement sensible en relation avec les politiques de conservation de la biodiversité. Plusieurs types d’instruments ont été proposés tour à tour au cours des deux dernières décennies pour favoriser la valorisation économique de la biodiversité et promouvoir sa conservation, notamment les accords de bioprospection, les mécanismes de paiement pour la déforestation évitée (REDD+), les paiements pour services environnementaux et les filières émergentes de « super-aliments ».
Lay summary

Les références au développement des marchés pour inciter à la conservation de la biodiversité sont omniprésentes dans les arènes de négociations internationales consacrées à la biodiversité aussi bien que dans la formulation de politiques publiques, et des stratégies des divers acteurs du monde de la conservation. Cependant les pratiques concrètes de mise en économie de la nature sont peu étudiées. Ce projet a pour objet d’étudier les promesses successives de conservation de la biodiversité par le marché avancées depuis le début des années 1990.

Ces promesses de réaliser la conservation grâce à la mise en économie de la nature prennent la forme de discours relatifs aux vertus de marché, qui ont une incidence sur les politiques et stratégies des acteurs de la conservation et orientent leurs pratiques. Cette influence est toutefois complexe. Ce projet s’attachera à analyser les promesses de conservation par le marché en tant que récits, puis à décrire les institutions mises en place pour donner corps à ces promesses (acteurs impliqués, règles, normes, objets et mesures) et enfin à traiter des impacts de ces dernières en matière de protection de la nature. Il s’appuiera sur des exemples de mise en œuvre d’accords de bioprospection, de mécanismes de paiement pour la déforestation évitée (REDD+) et de paiements pour services environnementaux en Amérique centrale (Panama, Costa Rica) et d’une filière de « super-aliments » (l’amarante) au Mexique.

Le projet combine la sociologie des sciences et l’analyse critique de discours pour comprendre et déconstruire les récits relatifs à l’érosion de la biodiversité et aux moyens de la contrer en s’appuyant sur l’économie et l’analyse institutionnelle des dispositifs de conservation de la biodiversité. Il contribue à mettre en évidence les dimensions cycliques des politiques de conservation, les passages obligés qu’elles empruntent systématiquement. Dans le même temps, il entend mettre à jour et proposer d’autres façons de rendre compte de la dégradation de la biodiversité.

Direct link to Lay Summary Last update: 30.09.2019

Responsible applicant and co-applicants

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Project partner

Abstract

Au cours des vingt dernières années, les instruments de marché se sont peu à peu imposés dans tous les domaines des politiques environnementales. Cette évolution est particulièrement sensible en relation avec les politiques de conservation de la biodiversité. Soutenue par des références à la théorie économique et par des promesses d'efficience dans l'exploitation des ressources, elle est aussi qualifiée de marchandisation ou de néolibéralisation de la nature par les mouvements sociaux qui s'y opposent. Cette critique trouve un écho dans le monde académique au sein de la géographie radicale, qui évoque à la suite de David Harvey (2003) une nouvelle vague d'accumulation par dépossession et une capitalisation de la nature, réduite à une collection d'actifs, voire financiarisée (Robertson, 2000; Büscher, 2013). Les politiques sont redéfinies ou réévaluées à l'aune de leur proximité formelle avec le marché tel que représenté par la théorie économique. Les redéfinitions des droits qui s'opèrent en relation avec l'apparition de problèmes environnementaux sont interprétées comme des étapes d'une marchandisation inéluctable.Au-delà de la centralité indéniable du marché dans les discours de ses adeptes comme de ses détracteurs, qu'en est-il des pratiques ? Comment s'opère la mise en économie de la nature à travers les dispositifs qualifiés de marchands ? Que produisent effectivement les promesses de conciliation entre valorisation économique et conservation de la biodiversité ? Telles sont les questions que ce projet se propose d’aborder pour trois types d’instruments : les accords de bioprospection, les mécanismes de paiement pour la déforestation évitée (REDD+), les paiements pour services environnementaux et les filières émergentes de « super-aliments ».La publicité faite autour d'expériences pilotes, présentées comme annonciatrices d'un développement imminent des marchés, peine à masquer l'absence de diffusion des modèles préconisés et leurs impacts écologiques peu concluants. L'importance des agencements dits marchands est discursive et symbolique au moins autant que matérielle. C’est ce que nous nous proposons de mettre en lumière en utilisant une grille d’analyse développée en sociologie des sciences et techniques pour appréhender des promesses technoscientifiques (Joly, 2010). Nous traiterons ainsi des instruments étudiés comme autant de tentatives de réaliser la promesse d’une conservation de la biodiversité par le marché, dont nous nous attacherons à mettre à jour les fondements et le mode opératoire. Nous nous appuierons sur l’analyse critique de discours (Chouliaraki & Fairclough, 1999) pour aborder la rhétorique des promesses relatives au marché, sur la sociologie économique (Callon et al., 2013) et l'économie institutionnaliste pour décrire les arrangements institutionnels mis en place (acteurs, normes, objets, métriques). Nous combinerons nouvelles recherches de terrain et remobilisation d’études déjà réalisées sur des applications locales de ces dispositifs et nous attacherons à analyser des discours scientifiques, militants et diplomatiques tenus dans différentes arènes locales, nationales et internationales. L’ambition de ce projet est double : d’une part, mettre en perspective et mieux comprendre les orientations récentes en matière de gestion de la biodiversité ; d’autre part, adapter et développer un cadre analytique initialement articulé pour d’autres objets et qui nous paraît extrêmement fécond pour appréhender les dimensions discursives, théoriques et pratiques des politiques de conservation.
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