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De la théorie à l'action. Les savoirs et leur mise en oeuvre au siècle des Lumières.

English title From Theory to Action. Putting Knowledge into action during the Enlightenment period.
Applicant Griener Pascal
Number 128963
Funding scheme Scientific Conferences
Research institution Institut d'histoire de l'art & de muséologie Faculté des lettres et sciences humaines Université de Neuchâtel
Institution of higher education University of Neuchatel - NE
Main discipline Visual arts and Art history
Start/End 01.10.2009 - 31.03.2010
Approved amount 6'000.00
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Keywords (11)

Lumières; Histoire de l'art; Philosophie; Littérature; Théorie; Action; Savoirs; Enlightenment period; theory; knowledge; colloquium

Lay Summary (French)

Lead
Lay summary
La mise en œuvre de la pensée des Lumières a constitué, depuis cinquante ans, une pièce centrale des discussions sur les origines de la modernité. Avec la Dialektik der Aufklärung (1947) de Max Horkheimer et Theodor Adorno, l'époque des Lumières est accusée d'avoir engendré le totalitarisme moderne, par la glorification excessive du pouvoir de la Raison. Plus récemment, un courant conservateur tente d'inviter à l'abandon pur et simple des idéaux nés des Lumières, ou à souligner la distance qui nous sépare de cette époque qui ne serait plus une période fondatrice de la nôtre, mais un passé que la pensée contemporaine devrait congédier. De manière plus convaincante, Reinhard Koselleck qualifie la période de " Sattelzeit ", parce qu'elle acquiert la conscience de sa nature profonde comme ère de transition, et parce qu'elle forge un sens nouveau aux idées de progrès, de mouvement et d'histoire. Au désir de perpétuer ou de rajeunir la tradition, succède ce que Koselleck nomme " l'horizon d'attente ", soit la conception d'un futur meilleur, façonné par l'expérience et l'exigence de progrès. Cette attente infinie appelle l'action propre à la satisfaire ; elle définit la durée comme l'espace d'un combat spirituel.Le rapport du savoir à l'action absorbe donc une portion importante de la réflexion des Lumières ; elle contribue à façonner des personae nouvelles. Dans sa dimension idéalisée, la figure du philosophe recouvre celle d'un législateur, d'un conseiller des princes. Au début de la Révolution française, l'idée s'impose même que la Loi, définie par la Raison, doit régner d'elle-même, jusqu'à rendre l'exécutif presque inutile ; cet idéal connaîtra rapidement le désenchantement, que sanctionnent le Consulat puis l'Empire. Tous les domaines de la pratique soulèvent un intérêt nouveau : les secteurs les plus prosaïques de la technique, du faire, jadis méprisés au nom de la suprématie des arts libéraux, acquièrent une dignité nouvelle. L'Encyclopédie leur accorde une place fondamentale. Bref, l'impact de la théorie a fait l'objet d'intenses débats, et reste au centre de la réflexion intellectuelle des Lumières.
Direct link to Lay Summary Last update: 21.02.2013

Responsible applicant and co-applicants

Abstract

A. Neuchâtel, Centre d’excellence sur le XVIIIème siècle. Neuchâtel est une ancienne principauté dont le roi de Prusse fut le souverain après 1707. La région possède un patrimoine du XVIIIème siècle d’une richesse exceptionnelle, qui est re-connue dans le monde entier. La Bibliothèque universitaire possède la plus grande collection de manuscrits laissés par Jean Jacques Rousseau ; les archives de la Société typographique de Neuchâtel ont motivé les plus importantes enquêtes sur l’histoire du livre au siècle des Lumières durant ces trente dernières années. Enfin, la Bibliothèque des Pasteurs, fondée à la Renaissance, conserve une vaste collection de périodiques scientifiques publiés dans toute l’Europe de 1650 à 1815. A l’Université, plusieurs titulaires de chaires en histoire, en histoire de l’art, en littérature initient les étudiants/tes au Siècle des Lumières, et conduisent des recherches dans ce champ. Le pro-gramme doctoral interdisciplinaire Archives des Lumières (2001-6), mené conjointement avec les universités de Lausanne et de Genève, a réuni des jeunes chercheurs/euses des trois hautes éco-les, pour former une véritable haute école de chercheurs/euses.B. Sujet. « De la théorie à l’action. Les savoirs et leur mise en jeu au siècle des Lumières. » La mise en œuvre de la pensée des Lumières a constitué, depuis cinquante ans, une pièce centrale des discussions sur les origines de la modernité. Avec la Dialektik der Aufklärung (1947) de Max Horkheimer et Theodor Adorno, l’époque des Lumières est accusée d’avoir engendré le totalitarisme moderne, par la glorification excessive du pouvoir de la Raison. Plus récemment, un courant conservateur tente d’inviter à l‘abandon pur et simple des idéaux nés des Lumières, ou à souligner la distance qui nous sépare de cette époque qui ne serait plus une période fondatrice de la nôtre, mais un passé que la pensée contemporaine devrait congédier. De manière plus convaincante, Reinhard Koselleck qualifie la période de « Sattelzeit » (« le seuil d’une époque, ou littéralement, « une époque-selle »), parce qu’elle acquiert la conscience de sa nature profonde comme ère de transition, et parce qu’elle forge un sens nouveau aux idées de progrès, de mou-vement et d’histoire. Au désir de perpétuer ou de rajeunir la tradition, succède ce que Koselleck nomme « l’horizon d’attente », soit la conception d’un futur meilleur, façonné par l’expérience et l’exigence de progrès. Cette attente infinie appelle l’action propre à la satisfaire ; elle définit la du-rée comme l’espace d’un combat spirituel.Le rapport du savoir à l’action absorbe donc une portion importante de la réflexion des Lumières ; elle contribue à façonner des personae nouvelles. Dans sa dimension idéalisée, la figure du philosophe recouvre celle d’un législateur, d’un conseiller des princes. Au début de la Révolu-tion française, l’idée s’impose même que la Loi, définie par la Raison, doit régner d’elle-même, jusqu’à rendre l’exécutif presque inutile ; cet idéal connaîtra rapidement le désenchantement, que sanctionnent le Consulat puis l’Empire. Tous les domaines de la pratique soulèvent un intérêt nouveau : les secteurs les plus prosaïques de la technique, du faire, jadis méprisés au nom de la suprématie des arts libéraux, acquièrent une dignité nouvelle. L’Encyclopédie leur accorde une place fondamentale. Bref, l’impact de la théorie a fait l’objet d’intenses débats, et reste au centre de la réflexion intellectuelle des Lumières. La mise en exergue de la raison comme valeur « épochale » des Lumières a cependant souvent obscurci l’étude nuancée des enjeux de sa mise en œuvre au XVIIIème siècle. Le theoros désigne, dans l’antiquité grecque, un voyageur. Détaché par sa Cité, il visite un lieu de pèlerinage, un sanctuaire, un oracle célèbre, pour y assister à un spectacle rituel. La theoria désigne l’expérience complète de ce voyage - du moment où le voyageur quitte le seuil de sa demeure, à celui du retour parmi les siens. Au IVème siècle av. JC, le terme theoros est approprié par la philo-sophie naissante ; Platon et Aristote l’élaborent avec soin. On qualifie alors le philosophe de theo-ros par métaphore, parce qu’il voyage dans le monde des idées. Il en revient étranger au monde. Et cet exercice philosophique se caractérise par la liberté, comme le rappelle Aristote dans le Pro-treptique. Bien sûr, au XVIIIème siècle, la Raison est souvent pensée comme un instrument ultime de légitimation. Cependant, de nombreux philosophes, comme Rousseau, Quatremère de Quincy ou Vico lui contestent cette vertu avec force. Mais surtout, il convient d’accorder une attention toute particulière aux situations dans lesquelles la théorie est invoquée, dans la perspective directe ou indirecte de sa mise en œuvre, et dans les différents domaines de la pratique. La relation entre discours théorique et pratique sera également étudiée dans une dimen-sion élargie, qui accorde une place toute particulière aux modalités pragmatiques de la transmis-sion de la pensée au sein de la société. Comme le rappelle Roger Chartier, « la production, non pas seulement des livres, mais des textes eux-mêmes, est un processus qui implique, au-delà du geste de l’écriture, différents moments, différentes techniques, différentes interventions (…). Le processus de publication, quelle que soit sa modalité, est toujours un processus collectif, qui im-plique des acteurs nombreux et qui ne sépare pas la matérialité du texte de la textualité du livre. »
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