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ARISTOTELES GALLICUS. Une histoire critique des trois premières traductions françaises des Politiques d'Aristote

English title ARISTOTELES GALLICUS. A Critical History of the Three First French Translations of Aristotle's Politics
Applicant Gregorio Francesco
Number 122446
Funding scheme Project funding (special)
Research institution Section de philosophie Faculté des Lettres Université de Lausanne
Institution of higher education University of Lausanne - LA
Main discipline Philosophy
Start/End 01.10.2008 - 30.09.2011
Approved amount 270'000.00
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All Disciplines (6)

Discipline
Philosophy
Sociology
Ancient history and Classical studies
Political science
Economics
General history (without pre-and early history)

Keywords (17)

political philosophy; historical semantics; translation; Aristotle; medieval philosophy; modern philosophy; intellectual history; social history; conceptual history; political theory; greek philology; latin philology; reception studies; political semantics; anthropology; greek philosophy; classical philology

Lay Summary (French)

Lead
Lay summary
Rédigé dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C., le traité d’Aristote intitulé Politiques connaît une réception paradoxale. Il n’est quasiment pas lu jusqu’au XIIIe siècle lorsque, en l'espace d'un siècle, l'ouvrage devient une référence fondamentale de la réflexion morale et politique. Si la réception latine du traité aristotélicien est maintenant bien connue dans ses grandes lignes, la réception française n'a pas fait l'objet d'une recherche scientifique. Or cette réception est remarquable, dans la mesure où les trois premières traductions françaises (Oresme en 1370 ; Rhegius en 1576, Champagne en 1797) représentent un événement non seulement philosophique et académique mais aussi linguistique, politique et social. L'objectif de cette recherche est de documenter, présenter et analyser la réception française des Politiques d'Aristote afin de constituer le volet francophone du dossier d'une généalogie de l'aristotélisme politique. Le projet se décline en deux volets complémentaires. Le premier volet relève de l'histoire de la philosophie politique: il s'agira de réunir en une monographie l'étude critique de ces trois premières traductions, considérées comme trois événements philosophiques majeurs dans l'histoire de la philosophie politique moderne. Le second volet est d'ordre philologique et éditorial: il s'agira d'éditer ces trois traductions, avec une introduction historique. La traduction de Nicole Oresme (Paris, 1370) a fait l'objet d'une édition critique en 1970, publiée dans un numéro spécial d'une revue américaine. Les deux autres traductions, celle de Louis le Roy (Paris 1576) et du Citoyen Champagne (Paris 1797) n'ont jamais fait l’objet d’une édition moderne. Le dispositif des trois traductions autorise ainsi une coupe inédite à travers la philosophie politique moderne et les grandes questions de l'Etat, de la souveraineté, du jugement politique, de l'anthropologie politique, du rôle de la femme, des différentes asymétries politiques, sociales et domestiques, de l'éducation et de l'utopie sociale. L'importance de ce projet de recherche repose essentiellement sur le fait que ces trois traductions contribuent de manière organique aux trois grandes phases de la construction du vocabulaire politique français: la naissance de l'Etat français au XIVe siècle, l'affirmation de la puissance française au XVIe siècle et la période de la Révolution française. Traduire les Politiques d'Aristote, pour Oresme, Le Roy et Champagne relève non seulement d'une entreprise scientifique mais aussi et surtout d'un acte politique majeur destiné à intervenir directement dans le débat politique.
Direct link to Lay Summary Last update: 21.02.2013

Responsible applicant and co-applicants

Abstract

Le traité politique d’Aristote intitulé Politiques est considéré unanimement comme un texte fondateur de la philosophie politique occidentale. Il constitue une matrice fondamentale des conceptions de la politique et de la sémantique politique au moyen desquelles, en Occident, nous avons pensé et nommé le domaine de la vie collective, l'organisation sociale, les phénomènes révolutionnaires, la constitution idéale ou utopique. Il suffit en effet de penser aux noms et à la classification des régimes politiques, à la structuration tripartite des formes de vie biologique, économique et politique, à la distinction privé/public ou encore à la naturalisation de la famille et à la conception de la citoyenneté politique. Dans son traité, Aristote a forgé des théorèmes politiques qui se sont proverbialisés, comme par exemple: l'homme est un animal politique, la cité est un tout supérieur à la somme de ses parties, la cité est une communauté qui englobe toutes les autres formes de communautés humaines.Rédigé dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C., le traité connaît une réception paradoxale. Il n’est quasiment pas lu jusqu’au XIIIe siècle lorsque, en l'espace d'un siècle, l'ouvrage devient une référence fondamentale de la réflexion morale et politique ainsi qu' un ouvrage canonique dans l'enseignement universitaire parisien, avant de se répandre dans les grands centres universitaires européens.La réception latine du traité politique d'Aristote est bien étudiée, même si de nombreuses éditions, comme par exemple le commentaire d'Albert le Grand, doivent encore être réalisées. En revanche, la réception française n'a pas fait l'objet d'une recherche scientifique. Or cette réception est remarquable, dans la mesure où les trois premières traduction françaises représentent un événement non seulement philosophique et académique mais aussi linguistique, politique et social. L'objectif de cette recherche est de documenter, présenter et analyser la réception française des Politiques d'Aristote afin de constituer le dossier d'une généalogie de l'aristotélisme politique. Le projet se décline en deux volets complémentaires. Le premier volet relève de l'histoire de la philosophie politique: il s'agira de réunir en une monographie l'étude critique de ces trois premières traductions, considérées comme trois événements philosophiques majeurs dans l'histoire de la philosophie politique moderne. Le second volet est d'ordre philologique et éditorial: il s'agira d'éditer ces trois traductions, avec une introduction historique. La traduction de Nicole Oresme (Paris, 1370) a fait l'objet d'une édition critique en 1970, publiée dans un numéro spécial d'une revue américaine. Les deux autres traductions, celle de Louis le Roy (Paris 1576) et du Citoyen Champagne (Paris 1797) n'ont jamais été éditées depuis, respectivement, le XVIIe et le XVIIIe siècles.Le projet repose sur l'hypothèse suivante: les trois traductions ont joué un rôle décisif dans la série des transformations que l'aristotélisme politique a connu en Occident. Les Politiques, souvent accompagnées de l'Ethique à Nicomaque et de l'Economique, constituent un registre de thèses portant sur la vie sociale et politique qui trouve à chaque fois une actualisation spécifique, en fonction du débat politique et des contextes historiques dans lesquels elles s'insèrent. Au lieu de partir d'une approche relevant de l'histoire des idées politiques, l'étude critique des trois premières traductions en français des Politiques d'Aristote autorise une approche inédite et féconde pour reconstruire les éléments de l'aristotélisme politique. Il s'agit en effet de ne pas traiter l'aristotélisme politique à partir d'une réduction à l'histoire des idées politiques ou des doctrines philosophiques. Cette réduction présente deux défauts majeurs. Le premier est de limiter l'aristotélisme politique à une série de théorèmes anhistoriques composant une grammaire du politique, par exemple: l'homme est un animal politique, l'homme est un vivant doté de langage, les catégories de l'oikos (maisonnée) doivent être séparées de la sphère du politique. Cette réduction fait l'impasse sur la nécessaire historisation qui seule permet d'en prendre la juste mesure. L'autre défaut majeur tient à l'interprétation traditionnelle de la naissance de la philosophie politique moderne. Celle-ci est unanimement présentée comme une rupture opérée contre l'aristotélisme politique. La figure de Thomas Hobbes est ainsi présentée comme une révolution dans l'ordre de la philosophie politique: le contractualisme et la fiction du Léviathan signeraient la disparition de l'aristotélisme politique. Or, si le résultat de l'opération de Hobbes peut bien se lire en termes de rupture, la mise en pratique par Hobbes de son programme philosophico-politique est plus complexe: si rupture il y a, c'est d'une rupture avec l'aristotélisme politique scolastique, et non pas avec Aristote, avec lequel il n'y a pas une rupture mais un conflit permanent. Le conflit porte donc aussi bien sur les différentes manières de s'approprier Aristote.Reconstruire le dossier de ces trois premières traductions françaises permet d'éviter ces deux écueils. Cette approche autorise un nouage entre différents types d'histoire: histoire conceptuelle (Begriffsgeschichte), histoire sémantique, histoire intellectuelle et histoire sociale. En ce sens, les traductions autorisent un travail d'interprétation visant à reconstruire une généalogie de l'aristotélisme politique qui soit située, historisée et documentée. Les traductions sont autant d'interventions dans un débat idéologique et politique qui se constitue tour à tour dans les différents cadres de la naissance de l'Etat français contre l'impéralisme papal (Oresme), de la Guerre des religions (Le Roy) et enfin de la Révolution française (Champagne). Le dispositif des trois traductions autorise ainsi une coupe inédite à travers la philosophie politique moderne et les grandes questions de l'Etat, de la souveraineté, du jugement politique, de l'anthropologie politique, du rôle de la femme, des différentes asymétries politiques, sociales et domestiques, de l'éducation et de l'utopie sociale.Le projet veut élucider l'impact philosophique, sémantique, politique et culturel de ces trois traductions. L'importance de ce projet de recherche repose essentiellement sur le fait que ces trois traductions contribuent de manière organique avec trois grandes phases de la construction du vocabulaire politique français: la naissance de l'Etat français au XIVe siècle, l'affirmation de la puissance française au XVIe siècle et la période de la Révolution française. Traduire les Politiques d'Aristote, pour Oresme, Le Roy et Champagne relève non seulement d'une entreprise scientifique mais aussi et surtout d'un acte politique majeur destiné à intervenir directement dans le débat politique.L'importance du projet est donc double: il s'agit d'une part de contibuer à réécrire la genèse de la philosophie politique moderne et d'autre part d'apporter des éléments pour la constitution d'une ontologie historique de nous-mêmes dans nos rapports au lexique social et politique. Aujourd'hui encore le sujet politique, dans ses rapports aux champs de la société et du pouvoir, utilise les mots forgés tout au long de l'histoire de l'aristotélisme politique. Cette généalogie de l'aristotélisme politique se propose d'aporter un éclairage sur ces questions à la fois disciplinaires et ontologiques d'une grande importance. Notre époque est propice à cet exercice comparatiste dans la mesure où les catégories du politique (Etat, souveraineté, citoyen) se trouvent ébranlées par les nouveaux phénomènes économico-politiques et remises en cause dans leur validité.L'histoire critique des ces trois traductions n'a jamais été écrite. S'il existe quelques travaux sur Oresme, les traductions de Le Roy et de Champagne ne sont pas du tout étudiées. Notre projet se propose de combler cette lacune.
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