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Buchbeitrag (peer-reviewed)

Buch Comment les médias parlent des émotions. L'affaire Nafissatou Diallo contre Dominique Strauss-Kahn
Seite(n) 99 - 117
ISBN non connu
Titel der Proceedings Comment les médias parlent des émotions. L'affaire Nafissatou Diallo contre Dominique Strauss-Kahn

Abstract

Aujourd’hui encore, les émotions sont souvent considérées comme étant trop irrationnelles pour être dignes d’apparaître dans l’espace public. Pourtant, les émotions constituent l’un des ressorts clés du vivre ensemble, comme le montre la controverse que Le Nouvel Observateur a déclenchée en février 2013 en mettant à sa une Belle et bête, le roman que Marcela Iacub a écrit sur sa relation amoureuse avec DSK. En prise directe avec le scandaleux et l’obscène, les émotions que cristallise cette controverse sont à la mesure des valeurs sociales et morales transgressées et des biens affectés ; mais, par-delà leurs différences, elles s’inscrivent toutes dans un même arc affectif, qui va des émotions rivées au corps et fortement indicielles telles le dégoût, l’horreur et la tristesse, à des émotions plus abstraites et aisément universalisables, telle l’indignation. Ainsi, Dominique Strauss-Kahn, positionné par Iacub dans la figure indigne d’un « cochon », parcourt de manière ascendante l’arc sémiotique et phénoménologique qui organise la sémantique du dégoût et de l’indignation afin de retrouver la maîtrise de sa figuration. Le cri offensé de la romancière Christine Angot fait quant à lui le chemin inverse pour s’abîmer dans le dégoût, un dégoût dont Anna Lietti et Véronique Le Goaziou explorent la dimension aussi bien orale que morale, et qui se transforme en tristesse lorsque l’indignation devant l’outrage à la littérature, en l’occurrence celle de Jean Birbaum, ne peut s’exprimer. Si toute énonciation émotionnelle met en jeu la figuration de soi du locuteur qui s’émeut, leur énonciation publique a cependant une spécificité : non seulement elle (s’) «éprouve» en public mais elle s’adresse à un public – un public qui oscille, dans la controverse, entre deux formes de communauté: celle, pétrie de pathos, des « écoeurés » et celle, dirigée par le logos, des « ébranlés ».
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