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Tagungsbeitrag (peer-reviewed)

Herausgeber/in , Boillat Alain; Philippe Gilles
Seite(n) 4
Titel der Proceedings L’adaptation.Des livres aux scénarios Approche interdisciplinaire des archives du cinéma français (

Abstract

En 1947, Jean Aurenche et Pierre Bost proposèrent à Georges Bernanos une adaptation de son roman de 1936, Journal d’un curé de campagne. L’écrivain la refusa, et le projet fut abandonné. Mais François Truffaut put accéder au scénario, dont il fit, en 1954, le contre-modèle du cinéma qu’il entendait promouvoir. Conservé dans des archives privées, ce scénario, célèbre mais inédit, n’avait pas été étudié à ce jour. Le présent article en propose une première description mais se concentre principalement sur sa genèse externe, pour tenter de faire apparaître les multiples raisons qui ont conduit à l’abandon du projet. En recensant et en articulant l’ensemble des informations disponibles, il rappelle avec précision l’histoire de ce document, en amont et en aval du refus de Bernanos. Mais il montre aussi que l’abandon du projet n’est pas seulement voire d’abord dû aux possibles faiblesses de l’adaptation elle-même, comme on semble le croire depuis Truffaut. Le refus de Bernanos, bien moins cinglant qu’on ne le dit souvent, s’explique moins par les options scénaristiques proprement dites (le romancier se fût sans peine accommodé du « principe d’équivalence » revendiqué par Aurenche et Bost, au nom du respect de l’esprit du texte adapté à défaut de sa lettre) que par certaines options qu’il perçut comme autant de concessions à un « gidisme » triomphant dans la littérature du temps. Mieux encore, le scénario avait renoncé à faire apparaître tout point de vue surplombant, alors même que l’esthétique radicalement expressionniste de Bernanos (même si elle est moins sensible dans le Journal que dans les autres romans de l’auteur) exigeait la construction d’une instance susceptible d’assumer la « leçon » qui se dégage de la fabula. L’« erreur » d’Aurenche et Bost est d’autant plus étonnante que ces scénaristes n’étaient nullement adeptes d’une sorte d’équivalent cinématographique de « narration impersonnelle » romanesque honnie par Bernanos. Cette étude pose donc frontalement la question même du « discours du scénario », mais aussi de la possibilité de transposer dans une esthétique de type « Qualité française » des œuvres littéraires qui lui sont a priori réfractaires.
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