Lead
Les travaux récents sur le tirage au sort en politique ont tous oublié un ensemble d’exemples historiques d’utilisation des loteries pour désigner des magistrats: les cités et cantons suisses d’Ancien Régime. L’intérêt des cas suisses est multiple. Ils constituent tout d’abord parmi les derniers exemples d’utilisation du tirage au sort en Europe. Leur persistance jusqu’au moment de la disparition presque totale du tirage au sort en fait des exemples précieux, qui nous permettront de mieux comprendre les raisons d’une disparition encore aujourd’hui partiellement inexpliquée.

Lay summary

Entre le XVIIe siècle et le début du XIXe siècle apparaissent de nombreuses utilisations du tirage au sort dans ce qui deviendra la Suisse, réparties selon quatre foyers principaux: les cité-États oligarchiques (Berne et Bâle notamment), les cantons «démocratiques», la répartition de certains biens dans les communautés alpines et les institutions de la République Helvétique (1798-1803).

Dans ce projet de recherche, deux thèses de doctorat seront réalisées sur l’un ou l’autre de ces foyers. Un-e chercheur-euse senior encadrera les deux candidat-e-s au doctorat, en les formant à la recherche historique et en les accompagnant dans leurs séjours dans les archives pertinentes.

Les cas suisses constituent des exemples extrêmement tardifs d’utilisation du tirage au sort en Europe dans des communautés politiques souveraines. Ils offrent également quelques-uns des très rares exemples d’utilisation du tirage au sort dans des communautés organisées de manière démocratique. La comparaison des différents foyers devrait enfin permettre d’apporter quelques éléments supplémentaires à la compréhension de la nature ambivalente du tirage au sort, à la fois démocratique et oligarchique, égalitaire et exclusif.

Toute recherche sur le tirage au sort est aussi un travail sur l’oubli et le recouvrement de pratiques autrefois largement répandues. L’étrange rareté des mentions faites à cette procédure dans les travaux historiques est en elle-même significative d’un effacement plus général des expériences démocratiques. C’est donc autant à une redécouverte qu’à une exhumation qu’invite ce projet de recherche. De nature interdisciplinaire, il se situe à l’intersection de l’histoire des idées et des institutions et de la théorie politique.