Lead
Les événements récents montrent combien la Russie, l’Ukraine et la Pologne s’opposent sur l’histoire qu’elles partagent. Ces trois puissances de l’Est de l’Europe se sont définies entre autres à travers des conflits. La puissance soviétique s’est manifestée en 1918-1920 par la conquête de l’Ukraine et la lutte contre l’État polonais, et en 1939-1940 par la mainmise sur des terres ukrainiennes au détriment de la Pologne. L’après-guerre voit l’URSS étouffer les aspirations nationales ukrainiennes et polonaises. Inversement, la Pologne et l’Ukraine ont conquis ou réaffirmé leur indépendance grâce à la désintégration des empires russe puis soviétique. Ces trois pays sont liés par une histoire commune, mais séparés par des « romans nationaux » antagonistes. Les conflits pluriséculaires qui en forment la trame sont réapparus au grand jour avec la chute du communisme sous la forme de conflits mémoriels dont l’impact est encore visible, comme le montre la récente crise ukrainienne.

Lay summary

La recherche proposée vise à étudier les regards portés dans ces trois pays sur les mêmes personnages et événements historiques, du début du XXe siècle à nos jours. Ces personnages et événements ont tous la particularité d’avoir eu une résonance dans ces trois pays, et d’avoir été l’objet de récits historiques divergents, voire conflictuels.

Afin de repérer de façon précise l’évolution des lignes interprétatives dans les trois pays, les ruptures et les continuités, ainsi que l’influence de chaque acteur impliqué dans l’élaboration d’une mémoire historique, quatre lieux de production du discours historique seront isolés : la fabrique d’une histoire officielle ; la fabrique d’une histoire académique ; la fabrique d’une histoire scolaire ; la fabrique des représentations historiques (littérature et cinéma). Dans chacun de ces lieux d’élaboration de l’histoire, nous analyserons la façon dont sont interprétés les personnages et événements retenus.

Notre attention ne sera pas uniquement centrée sur les conflits. Nous essaierons aussi de déterminer si des interprétations convergentes et des tentatives d’élaboration d’une mémoire partagée (souvent moins évidentes à cerner que les « guerres de mémoire ») ont émergé autour de certains événements ou figures historiques. La démarche choisie (un large cadre chronologique, la diversité des sources, une analyse croisée et une perspective transnationale) apportera un éclairage nouveau sur les modes de fabrication des discours historiques et sur les politiques mémorielles qui en découlent.