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Lay summary

La coopération internationale scientifique et intellectuelle durant l'entre-deux-guerres: la CICI et les Cours universitaires de Davos

La notion de coope´ration internationale intellectuelle dans l’entre-deux-guerres a fait l’objet de nombreux e´clairages dans l’historiographie re´cente. Tout en s’inscrivant dans une tradition d’internationalisme que l’on peut faire remonter au XVIIIe sie`cle et a` la Re´publique des savants, elle renvoie ge´ne´ralement aux diverses initiatives visant a` prolonger dans le domaine intellectuel l’œuvre de la Société des Nations et met le plus souvent l’accent sur les relations entre la France et l’Allemagne. Le pre´sent projet souhaite inscrire ce processus dans une re´flexion plus large sur la recomposition des e´changes scientifiques et intellectuels au lendemain de la Grande guerre, en tenant compte aussi bien de la densite´ et des nouvelles modalite´s du commerce des ide´es que de la recomposition tant ge´ographique que symbolique de celui-ci.

Afin de traiter la problématique des e´changes scientifiques et intellectuels dans leur spécificité comme dans leur interdépendance, le projet souhaite privilégier une analyse de deux objets aussi différents dans leurs modalités d'organisation que complémentaires dans leurs objectifs. Il s’agit en premier lieu de la constitution de la Commission internationale de coopération intellectuelle (CICI) en 1922, organisation située à Genève qui veut prolonger l’action politique de la SDN en favorisant les relations intellectuelles internationales. Un autre laboratoire de cette coopération intellectuelle est incarné par les Cours universitaires de Davos (1928) qui, durant 4 ans, vont réunir dans la station grisonne des représentants de disciplines très variées du monde universitaire, français et allemand pour leur majorité. Ces deux «lieux de savoir» (au sens que donne a` ce terme François Jacob), en marge des circuits traditionnels et les plus consacre´s du monde intellectuel, s’inscrivent, pour l’un, dans une réalité locale bien circonscrite, pour l’autre, au sein d’une configuration internationale dont la genèse est antérieure au premier conflit mondial. Ils participent toutefois chacun à leur manie`re de l'internationalisation des re´seaux intellectuels propre a` cette pe´riode et sont porte´s par des ambitions similaires dynamise´es par la reconfiguration des e´changes suite aux accords de Locarno et la volonte´ manifeste´e par de nombreux intellectuels de rede´finir les rapports entre science, art et politique. Dans le me^me temps, chaque lieu obe´it a` des modalite´s d’organisation diffe´rencie´es qui traduisent entre autres des relations plus ou moins e´troites avec le monde politique. Entre une institution très structurée dépendant de la SDN mais souffrant de relations problématiques avec l’Allemagne et une organisation beaucoup plus éphémère, personnelle et locale qui peut se permettre de faire partiellement fi des contraintes diplomatiques, le dialogue scientifique se construit petit-à-petit. L’appartenance conjointe de plusieurs intellectuels au re´seau de la CICI comme a` celui de Davos – Einstein, Reynold, Thibaudet – devrait permettre d’observer la spe´cificite´ mais aussi la comple´mentarite´ des e´changes de´veloppe´s autour de ces deux lieux forts de la coope´ration intellectuelle internationale.

Sur le plan de l’approche, le projet entend lier une analyse des lieux et des re´seaux qui les sous-tendent. On s’interrogera ainsi, dans une approche qui sollicite les nouvelles méthodologies des digital humanities, sur la nouvelle cartographie des e´changes intellectuels et scientifiques provoque´s par la Premie`re Guerre mondiale en insistant sur l’e´mergence de nouveaux lieux – souvent périphe´riques tant géographiquement qu’institutionnellement – dans la dynamisation des contacts internationaux. En paralle`le, le repe´rage minutieux de la reconfiguration des formes de l’e´change scientifique et intellectuel (participation a` des congre`s ou des revues, correspondance prive´e, associations, etc.) devrait montrer dans quelle mesure ces lieux ont contribue´, par la mise en relation de milieux a priori tre`s he´te´roge`nes, a` une recomposition de l’espace scientifique et intellectuel europe´en et avec quels effets. Enfin, on s’interrogera sur le ro^le de la Suisse dans la reconfiguration du paysage scientifique et intellectuel europe´en au cours de cette pe´riode, ainsi que sur les atouts de ce pays neutre, lieu-carrefour par excellence.

Travail monographique et archivistique, histoire croise´e et analyse de re´seaux seront les de´marches mises en oeuvre pour mener à bien cet effort de cartographie des échanges intellectuels.