Projekt

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L'homme sauvage et l'homme fossile entre France et Nouvelle France

Titel Englisch The Wild Man and the Fossil Man between France and New France
Gesuchsteller/in Trucchio Aldo
Nummer 181530
Förderungsinstrument Early Postdoc.Mobility
Forschungseinrichtung
Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) Université du Québec à Montréal
Temps, Mondes, Sociétés (TEMOS) Maison des sciences humaines Le Mans Université
Hochschule Institution ausserhalb der Schweiz - IACH
Hauptdisziplin Schwerpunkt Romanistik
Beginn/Ende 01.07.2018 - 31.12.2019
Alle Daten anzeigen

Alle Disziplinen (3)

Disziplin
Schwerpunkt Romanistik
Allgemeine Geschichte (ohne Ur- und Frühgeschichte)
Philosophie

Keywords (9)

Racisme; Histoire de l'anthropologie; Colonialisme; Alterité; Medical Humanities; Philosophie des sciences; Histoire de la médecine; Littérature française; Préhistoire

Lay Summary (Französisch)

Lead
L’HOMME SAUVAGE ET L’HOMME FOSSILE ENTRE FRANCE ET NOUVELLE FRANCE
Lay summary
Ce projet d’études se propose de mener une analyse inédite sur les liens entre l’imaginaire sur la Nouvelle France (XVIIIe-XIXe siècles), dont les paléo- et ethno- anthropologues du XIXe siècle sont héritiers, et les textes scientifiques et de vulgarisation qui participent de l’« invention de la préhistoire » en France (1850-1900).
Il a pour but de renouveler la compréhension d’un tournant capital dans l’histoire des sciences, à savoir la fabrique de l’image scientifique de l’humanité « primitive ». À travers l’étude des éléments textuels et documentaires produits par les « préhistoriens » français dans les années 1850-1900, cette enquête vise à examiner les modalités, les sources et les contextes des pratiques de comparaison systématique, de la part des premiers spécialistes de la Préhistoire en France, entre l’« homme fossile » et les Amérindiens. Entre littérature, histoire et philosophie des sciences, cette recherche questionne les sciences de l’homme au moment de leur constitution ; elle permettra d’éclairer le réseau de savoirs et pouvoirs dans lesquels les nationalismes, le racisme biologique et le colonialisme se montrent comme constitutifs du discours scientifique sur l’Homme. 
 
Direktlink auf Lay Summary Letzte Aktualisierung: 18.06.2018

Verantw. Gesuchsteller/in und weitere Gesuchstellende

Name Institut

Abstract

La présente recherche vise à renouveler la compréhension d’un tournant capital dans l’histoire des sciences, à savoir la fabrique de l’image scientifique de l’humanité « primitive ». Ce projet d’études se situe dans un terrain d’enquête quasiment inexploré : entre l’imaginaire sur la Nouvelle France (XVIIIe-XIXe siècles) dont les paléo- et ethno-anthropologues du XIXe siècle sont héritiers, et les textes scientifiques et de vulgarisation qui participent de l’« invention de la préhistoire » en France (1850-1900).C’est à partir des années 1850 que la communauté scientifique française, bientôt suivie par d’autres intellectuels européens, reconnaît la « haute antiquité » de l’homme en opposition à la lecture biblique traditionnelle. Afin de définir les traits de cette humanité primitive, les « préhistoriens » français se servent d’une démarche comparative : les « hommes fossiles », dont ils récoltent les traces archéologiques, sont interprétés à la lumière des autochtones des colonies françaises d’Outre-Atlantique, considérés comme des « fossiles vivants » et incarnant l’enfance de l’humanité. Les sources utilisées par les préhistoriens sont parfois tirées de la littérature de voyage des siècles antérieurs, comme les premiers essais d’ethnologie comparée du XVIIIe siècle, qui dessine les contours des peuples autochtones parfois de façon caricaturale et dans laquelle le « sauvage » est une figure d’altérité. Les préhistoriens reprennent ainsi, sans commentaire ni critique, des stéréotypes négatifs anciens à l’encontre des sauvages, dans un contexte colonial où l’économie est justifiée par les théories des races. Enracinée dans une perspective interdisciplinaire, cette enquête entend ainsi questionner l’évolution parallèle et la superposition de champs d’études tels que la paléoanthropologie naissante, l’ethnologie, l’anthropologie physique et même la « neurologie expérimentale » entre la France et ses colonies. Ce projet vise à montrer comment, à partir de la moitié du XIXe siècle, les études qui s’occupent de l’homme se constituent comme des disciplines scientifiques en accueillant le modèle de la science moderne et en donnant vie à la médecine expérimentale, à la neurologie localisationniste (neuropsychologie), à l’anthropologie physique et à la paléoanthropologie. Cette recherche se propose également de définir le contexte politique dans lequel, en suivant l’idée de progrès propre au positivisme, la paléo- et l’ethno- anthropologie se présentent comme des sciences de l’Autre à travers une comparaison entre les « primitifs » et les « sauvages ». À la moitié du XIXe siècle, ces sciences s’affirment jusqu’au point de devenir populaires et d’engendrer une littérature de vulgarisation et de fiction. En même temps, elles participent des discours idéologiques prédominants, justifiant plus ou moins explicitement le nationalisme et le colonialisme de leur époque. Je propose de considérer ce processus de constitution des sciences de l’homme au XIXe siècle comme partie d’un « dispositif », c’est-à-dire le résultat du croisement et de l’interaction entre relations de pouvoir et relations de savoir (Foucault 1971 et 1975, Agamben 2006). La pratique de comparaison entre hommes des premiers temps et « sauvages » amérindiens doit être inscrite dans une période d’émergence, partout en Europe, des identités nationales : les nationalismes naissants suggèrent une recherche sur les plus anciens habitants de chaque pays. De plus, la justification idéologique des colonies se réfléchit sur les théories ayant trait aux différents niveaux de « sauvagerie » des autochtones ainsi qu’aux migrations et invasions des peuples les plus avancés qui auraient permis aux « primitifs » d’avancer sur la route du progrès. Tandis que la portée largement nationaliste de la constitution d’un imaginaire sur les hommes des premiers temps a bien été relevée autour de la question de la « celtomanie » (Demoule 1982 et 2015), le rôle de l’appel à l’image du « sauvage » de Nouvelle France, dans un contexte colonial et postcolonial, par les scientifiques français, doit cependant encore être analysé.
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