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L'éducation dans des espaces d'exception. Les usages de l'école dans les camps de réfugiés congolais (Rwanda-Tanzanie)

English title Education in exceptionnal spaces. The social uses of school in Congolese refugee camps (Rwanda-Tanzania)
Applicant Fresia Marion
Number 140475
Funding scheme Project funding (Div. I-III)
Research institution Institut d'Ethnologie Université de Neuchâtel
Institution of higher education Université de Neuchâtel - NE
Disciplines Ethnology
Start/End 01.09.2012 - 31.08.2015
Approved amount 360'990.00
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Keywords (5)

humanitaire, Rwanda, éducation, Tanzanie, réfugiés

Lay Summary (French)

Lead
Lay summary

L’éducation dans des espaces d’exception : les usages sociaux de l’école dans les camps de réfugiés congolais (Rwanda-Tanzanie) 

Depuis la fin des années 1980, l’intensification des mouvements de personnes va de pair avec l’émergence de nouveaux espaces de mise à l’écart des populations considérées comme indésirables. Les camps de réfugiés sont devenus le symbole de ces évolutions contemporaines. Théâtre d’une multitude d’interventions, ils sont destinés à maintenir en vie des milliers de personnes et à gérer leur devenir. Figure par excellence de la victime innocente, les enfants sont particulièrement ciblés par cet interventionnisme humanitaire. Dans les camps, ils sont soignés, nourris mais aussi éduqués et sensibilisés dans des écoles financées et coordonnées par des acteurs humanitaires. Ces dispositifs éducatifs « de secours » restent encore peu étudiés tant dans leurs forme institutionnelle que dans le contenu des savoirs qu’ils véhiculent. La vision dépolitisée et idéalisée de l’éducation sur laquelle ils se fondent, mais aussi la tendance de la recherche à se focaliser sur les seules logiques d’exception à l’œuvre dans les camps et à reproduire les frontières institutionnelles entre ce qui relève du développement et de l’humanitaire, ont en effet laissé peu de place à l’émergence d’une interrogation scientifique sur ces nouveaux territoires de l’éducation. Les écoles de réfugiés contribuant à la scolarisation d’un million d’enfants par le monde, dans des régions souvent instables, il nous semble pourtant capital de comprendre comment elles fonctionnent, quels objectifs leur sont assignés et quelles sortes d’adultes on y fabrique.

Partant de ce constat, ce projet se propose d’ouvrir un champ de réflexion sur les usages sociaux des écoles au sein d’espaces d’exception. Il tâchera de répondre aux questions suivantes : Suivant quelles modalités, registres de légitimation et processus de catégorisation, des « écoles de réfugiés » sont-elles mises en place dans des espaces d’exception ? De quels objectifs sont-elles investies et comment ceux-ci s’incorporent-ils tant dans la forme institutionnelle de ces écoles que dans le contenu de leurs pratiques pédagogiques ? Comment, enfin, ces écoles, et les projets qu’elles véhiculent, sont perçus et mobilisés par les élèves et leurs familles ? Pour y répondre, nous analyserons les écoles de réfugiés suivant trois dimensions - du point de vue de leur fonctionnement institutionnel, de leurs pratiques pédagogiques et de la place qu’elles occupent dans les parcours scolaires et les représentations des enfants réfugiés – et nous attacherons une attention spécifique aux projets de nature politique et identitaire qu’elles véhiculent. Nous nous baserons sur l’étude minutieuse de deux écoles de réfugiés, financées et coordonnées par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) dans deux camps de réfugiés congolais au Rwanda et en Tanzanie, ceci dans le but de comprendre comment les modèles globaux standardisés du secours éducatif sont influencés et remodelés par des contextes particuliers. Le choix des sites d’étude se justifie par la concentration du nombre d’écoles de réfugiés dans la région des Grands Lacs, l’absence quasi-totale de travaux effectués sur les Congolais réfugiés au Rwanda et en Tanzanie et des critères d’accessibilité et de faisabilité. Notre méthodologie sera qualitative, et combinera, en plus d’une analyse documentaire, entretiens d’experts et entretiens semi-directifs, observations de classes, analyse des programmes d’enseignement et méthodes participatives adaptées aux enfants.  

Cette recherche, qui s’inscrit dans une perspective anthropologique, entend contribuer aux débats contemporains qui traversent les forced migration studies et les sciences de l’éducation, en croisant deux phénomènes contemporains jusque là toujours étudiés séparément : la multiplication d’espaces d’exception de par le monde d’une part, et la globalisation du champ scolaire de l’autre. La mise en relation de ces deux phénomènes nous permettra de (i) nourrir les débats sur la nature des espaces humanitaires, en interrogeant la manière dont des logiques d’exception s’articulent avec des processus en apparence plus ordinaires tels que la scolarisation quotidienne de milliers de jeunes, (ii) de mettre en exergue la manière dont les acteurs humanitaires investissent le champ scolaire et participent aux remodelages plus larges que connaissent les systèmes éducatifs des pays du Sud, (iii) de produire de nouvelles connaissances sur les lieux concrets qui participent à la socialisation des jeunes dans les camps et à la construction de leur rapport à soi et aux autres. D’un point de vue social, interroger quelles sortes d’adultes les écoles de réfugiés contribuent à façonner, c’est aussi interroger le devenir de régions instables telle que la région des Grands Lacs.

 

Direct link to Lay Summary Last update: 21.02.2013

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Publications

Publication
Beyond Spaces of Exception ? Reflections on the camp through the prism of refugee schools
Fresia Marion, Von Känel Andreas (2016), Beyond Spaces of Exception ? Reflections on the camp through the prism of refugee schools, in Journal of Refugee Studies, 29(2), 250-272.

Co-operation

Group / person Country
Fields of collaboration
Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés Switzerland (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
Institut protestant des Arts et Sciences sociales de Butare Rwanda (Africa)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
Colette Daiute, Professor of Psychology of the Graduate Center, University of New York United States of America (North America)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
Université de Toronto Canada (North America)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
Pernille Hviid, Professor of Psychology, University of Copenhaguen Denmark (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
Associate Professor at the Centre for Advanced Migration Studies at the University of Copenhagen Denmark (Europe)
- in-depth/constructive exchanges on approaches, methods or results
- Publication

Scientific events

Active participation

Title Type of contribution Date Place
30 ans de MIGRINTER : "Penser la migration pour repenser la société" Individual talk 21.06.2016 Poitiers , France
Sudio de l'Institut de psychologie de l'Université de Neuchâtel Individual talk 26.05.2016 Neuchâtel, Switzerland
Ecole Doctorale des Sciences de l'Education Poster 12.06.2015 Université de Genève, Switzerland
Ecole doctorale suisse d'anthropologie, "Gendered regimes of migration" Talk given at a conference 06.06.2015 University of Zurich, Switzerland
Governing Schools in the Global South: Actors, Policies and Practices Talk given at a conference 05.04.2015 Bordeaux, France
Research colloquium, Institute of anthropology, University of Zurich Individual talk 10.12.2014 Université de Zurich, Institut d'anthropologie, Switzerland
Conférence annuelle Société Suisse d'Ethnologie Talk given at a conference 31.10.2014 Bâle, Switzerland
Conférence Société suisse des études africaines (SSEA) Poster 17.10.2014 Berne, Switzerland
Forced Migration and Peace Conference (IASFM 15) Talk given at a conference 15.07.2014 Bogota, Colombia
Rencontres scientifiques Maison d'analyse des processus sociaux (MAPS), Université de Neuchâtel Individual talk 17.12.2013 Neuchatel, Switzerland
The Stuck, the Mobile and the Dislocated: Reflections on Life in Ghettos, Slums, Camps and Prisons Talk given at a conference 19.10.2013 Copenhague, Denmark
Research seminar, anthropology departement, University of Sao Paulo Individual talk 15.08.2013 Université de Sao Paulo, Brazil
"Studio" (Rencontres scientifiques Institut de Psychologie et Education) Individual talk 29.11.2012 Neuchâtel, Switzerland
Sudio de l'Institut de psychologie de l'Université de Neuchâtel Individual talk 29.11.2012 Neuchâtel, Switzerland


Self-organised

Title Date Place
Conférence de Dilyara Suleymanova: "Performing and negotiating identities among students in multi-ethnic classroom" 22.05.2015 Université de Neuchâtel, dans le cadre de notre cours-séminaire , "La globalisation de l'éducation", Switzerland
Conférence de Sarah Fichtner : "The NGOisation of Education in Africa" 17.04.2015 Université de Neuchâtel, dans le cadre de notre cours-séminaire " La globalisation de l'éducation", Switzerland
Conférence de Damiano Matasci : "La globalisation de l'éducation : perspectives historiques" 27.02.2015 Université de Neuchâtel, dans le cadre du cours-séminaire "La globalisation de l'éducation", Switzerland
Cours-Séminaire transversal de MA en sciences sociales: "La globalisation de l'éducation" 2015 16.02.2015 Université de Neuchâtel, Switzerland

Knowledge transfer events

Active participation

Title Type of contribution Date Place
Restitution des résultats de la recherche aux acteurs en charge de l'éducation dans le camp de Nyarugusu Talk 15.10.2015 Camp de réfugiés de Nyarugusu, Tanzania
Restitution des premiers résultats de la recherche aux acteurs en charge de l'éducation dans le camp de Gihembe Talk 15.12.2014 Gihembe, Rwanda


Communication with the public

Communication Title Media Place Year
Other activities Istituto Sant'Eugenio de Locarno : présentation simplifiée du projet aux élèves d'une école primaire Italian-speaking Switzerland 2014

Abstract

Depuis la fin des années 1980, l’intensification des mouvements de personnes va de pair avec l’émergence de nouveaux espaces de mise à l’écart des populations considérées comme indésirables. Les camps de réfugiés sont devenus le symbole de ces évolutions contemporaines. Théâtre d’une multitude d’interventions, ils sont destinés à maintenir en vie des milliers de personnes et à gérer leur devenir. Figure par excellence de la victime innocente, les enfants sont particulièrement ciblés par cet interventionnisme humanitaire. Dans les camps, ils sont soignés, nourris mais aussi éduqués et sensibilisés dans des écoles financées et coordonnées par des acteurs humanitaires. Ces dispositifs éducatifs « de secours » restent encore peu étudiés tant dans leurs forme institutionnelle que dans le contenu des savoirs qu’ils véhiculent. La vision dépolitisée et idéalisée de l’éducation sur laquelle ils se fondent, mais aussi la tendance de la recherche à se focaliser sur les seules logiques d’exception à l’œuvre dans les camps et à reproduire les frontières institutionnelles entre ce qui relève du développement et de l’humanitaire, ont en effet laissé peu de place à l’émergence d’une interrogation scientifique sur ces nouveaux territoires de l’éducation. Les écoles de réfugiés contribuant à la scolarisation d’un million d’enfants par le monde, dans des régions souvent instables, il nous semble pourtant capital de comprendre comment elles fonctionnent, quels objectifs leur sont assignés et quelles sortes d’adultes on y fabrique. Partant de ce constat, ce projet se propose d’ouvrir un champ de réflexion sur les usages sociaux des écoles au sein d’espaces d’exception. Il tâchera de répondre aux questions suivantes : Suivant quelles modalités, registres de légitimation et processus de catégorisation, des « écoles de réfugiés » sont-elles mises en place dans des espaces d’exception ? De quels objectifs sont-elles investies et comment ceux-ci s’incorporent-ils tant dans la forme institutionnelle de ces écoles que dans le contenu des pratiques pédagogiques ? Comment, enfin, ces écoles, et les projets qu’elles véhiculent, sont perçus et mobilisés par les élèves et leurs familles ? Pour y répondre, nous analyserons les écoles de réfugiés suivant trois dimensions - du point de vue de leur fonctionnement institutionnel, de leurs pratiques pédagogiques et de la place qu’elles occupent dans les parcours scolaires et les représentations des enfants réfugiés – et nous attacherons une attention spécifique aux projets de nature politique et identitaire qu’elles véhiculent. Nous nous baserons sur l’étude minutieuse de deux écoles de réfugiés, financées et coordonnées par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) dans deux camps de réfugiés congolais au Rwanda et en Tanzanie, ceci dans le but de comprendre comment les modèles globaux standardisés du secours éducatif sont influencés et remodelés par des contextes particuliers. Le choix des sites d’étude se justifie par la concentration du nombre d’écoles de réfugiés dans la région des Grands Lacs, l’absence quasi-totale de travaux effectués sur les Congolais réfugiés au Rwanda et en Tanzanie et des critères d’accessibilité et de faisabilité. Notre méthodologie sera qualitative, et combinera, en plus d’une analyse documentaire, entretiens d’experts et entretiens semi-directifs, observations de classes, analyse des programmes d’enseignement et méthodes participatives adaptées aux enfants. Cette recherche, qui s’inscrit dans une perspective anthropologique, entend contribuer aux débats contemporains qui traversent les forced migration studies et les sciences de l’éducation, en croisant deux phénomènes contemporains jusque là toujours étudiés séparément : la multiplication d’espaces d’exception de par le monde d’une part, et la globalisation du champ scolaire de l’autre. La mise en relation de ces deux phénomènes nous permettra de (i) nourrir les débats sur la nature des espaces humanitaires, en interrogeant la manière dont des logiques d’exception s’articulent avec des processus en apparence plus ordinaires tels que la scolarisation quotidienne de milliers de jeunes, (ii) de mettre en exergue la manière dont les acteurs humanitaires investissent le champ scolaire et participent aux remodelages plus larges que connaissent les systèmes éducatifs des pays du Sud, (iii) de produire de nouvelles connaissances sur les lieux concrets qui participent à la socialisation des jeunes dans les camps et à la construction de leur rapport à soi et aux autres. D’un point de vue social, interroger quelle sorte d’adultes les écoles de réfugiés contribuent à façonner, c’est aussi interroger le devenir de régions instables telles que la région des Grands Lacs.