Projekt

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Les rapports déviants à l'odeur dans la littérature romanesque de la fin du XIXe siècle

Gesuchsteller/in Borloz Sophie-Valentine
Nummer 165100
Förderungsinstrument Doc.CH
Forschungseinrichtung Section de français Faculté des lettres Université de Lausanne
Hochschule Universität Lausanne - LA
Hauptdisziplin Schwerpunkt Romanistik
Beginn/Ende 01.08.2016 - 30.06.2019
Bewilligter Betrag 183'561.00
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Keywords (10)

History of Mentalities; Women; Perversions; Naturalism; History of Psychopathology; Decadence; Cultural History; History of Perfumery; Smells; 19th century French Literature

Lay Summary (Französisch)

Lead
Le XIXe siècle est un siècle de l’odeur. Dès les années 1880, des découvertes médicales, scientifiques et économiques modifient profondément le rapport aux senteurs. Les romanciers de cette époque se font l’écho de ces bouleversements et accordent une large place à l’olfaction dans leurs œuvres. Ces « odeurs littéraires » acquièrent alors une forte dimension symbolique et témoignent des riches échanges entre la littérature et d’autres discours autour de cette question.
Lay summary

Contenu et objectifs du travail de recherche 

Le but de ce projet de recherche est de montrer, à partir d’un corpus à la fois littéraire, scientifique et mondain, que les romanciers de la fin du  siècle se servent des odeurs pour suggérer une sexualité jugée déviante (selon les critères de l’époque) et que cette association est conforme aux intuitions de la médecine d’alors.

Une première phase visera à mettre à profit les sources d’époque pour établir des normes concernant le rapport à l’odeur. Dans un deuxième temps, il s’agira d’applique ces normes aux textes littéraires, afin d’identifier les comportements « déviants » vis-à-vis de l’odeur. Enfin, la troisième phase consistera à comparer la version littéraire de ces déviances avec leurs équivalents médicaux, pour montrer comment science et littérature s’inspirent mutuellement sur cette question.

 

Contexte scientifique et social du projet de recherche

Ce projet se situe au croisement de l’analyse littéraire et de l’histoire des mentalités et s’inscrit dans le champ émergeant qui associe littérature et histoire de la médecine. Par cette dimension interdisciplinaire, il est susceptible d’intéresser des chercheurs d’horizons différents, mais également le grand public, notre rapport à l’odeur étant largement hérité du XIXe siècle.

Direktlink auf Lay Summary Letzte Aktualisierung: 04.05.2016

Verantw. Gesuchsteller/in und weitere Gesuchstellende

Mitarbeitende

Abstract

Le rapport perverti aux odeurs dans la littérature romanesque de la fin du XIXe siècleRésumé - Les vingt dernières années du XIXe siècle marquent un tournant important dans le rapport à l’olfaction, tant aux niveaux médical, social et économique que littéraire (Corbin, 1982 ; Briot, 2015). Différents bouleversements interviennent en effet à cette époque : la reconnaissance par les milieux scientifiques des travaux de Louis Pasteur quant au rôle du germe - et non plus du miasme - dans la transmission de la maladie ; la découverte de l’importance de l’olfaction dans l’attraction sexuelle chez les insectes ; la suspicion d’un processus similaire chez l’homme ; l'élaboration des premières odeurs de synthèse et l’accroissement rapide du marché de la parfumerie qui s’en suit. La littérature de l’époque se fait l’écho de ces changements et intègre le thème olfactif, au point que ce dernier devient un élément-clé dans l’esthétique fin-de-siècle. Cette dimension olfactive de la littérature romanesque de la fin du siècle n’a que peu concerné les études littéraires. Elle ne manque pourtant pas d’intérêt : loin de se limiter à quelques mentions éparses, les odeurs littéraires se constituent en véritable système de significations pour qui sait les déchiffrer et révèlent un imaginaire collectif qui dépasse la seule sphère littéraire. Dans cette perspective, l’hypothèse de travail du présent projet postule que les références à l’olfaction sont utilisées par les écrivains de la fin du XIXe siècle pour dire l’anormal dans le domaine de la sexualité, et que cet usage correspond aux intuitions de la médecine contemporaine, les deux discours s’inspirant mutuellement.Le corpus d’étude visant à prouver cette double hypothèse se subdivisera en deux sous-parties. Le corpus primaire comprendra les textes littéraires étudiés. Il s’agit de textes narratifs (romanesques ou nouvellistiques) dans lesquels la liaison entre olfactif et sexuel est prépondérante et innovante. Les ouvrages retenus ont été publiés entre 1870 et 1905, ce léger élargissement chronologique par rapport à l’époque étudiée permettant d’intégrer des textes marquant les prémices ou le terme du phénomène. Ils seront répartis en catégories selon le type de trouble lié à l’olfaction qui y est décrit (fétichisme olfactif, griserie par l’odeur, plaisir solitaire du parfum, etc.), un ouvrage pouvant apparaître dans plusieurs catégories. Le corpus secondaire sera, quant à lui, composé par la paralittérature, c’est-à-dire l’ensemble des textes non-littéraires qui donnent accès au contexte de production du corpus primaire pour ce qui a trait aux odeurs. Ce corpus comprendra en premier lieu les ouvrages scientifiques et médicaux traitant de l’olfaction et/ou de la sexualité jugée « déviante » (selon les critères de l’époque). Il inclura également des ouvrages de parfumeurs, des traités de savoir-vivre, des articles de presse sur la toilette et des publicités pour des cosmétiques permettant de déterminer une norme, un rapport jugé acceptable à l’odeur, à partir duquel identifier la déviance. Cette définition de la norme constituera la première étape du travail. Il s’agira de mettre à profit les ouvrages prescriptifs autour du parfum et de l’odeur en général pour définir quelles pratiques étaient considérées comme normales et, par contraste, lesquelles ne l’étaient pas. Cette grille de lecture - précise, car basée sur un usage extrêmement réglementé - sera ensuite appliquée au corpus primaire. Il s’agira non seulement de déterminer quels comportements décrits par les écrivains s’écartent de la norme, mais également en quoi et avec quels effets. Cette seconde phase permettra de révéler des constantes et d’établir ainsi une liste de « perversions » (toujours dans la perspective de l’époque) liées à l’odeur, que celle-ci en soit le déclencheur ou un simple symptôme. Ces pratiques « déviantes » seront ensuite documentées à l’aide d’ouvrages médicaux portant sur le rapport à l’odeur directement, ou sur cette science émergente qu’on n’appelle pas encore sexologie. Cette troisième étape permettra de révéler la proximité des discours médicaux et littéraire au sujet de l’odeur, ainsi que l’inspiration réciproque qui s’établit entre ces deux pratiques. Je montrerai en effet comment les écrivains s’inspirent des découvertes des médecins dans leurs textes, et comment les médecins font de certains personnages de romans des cas d’étude. Ces différentes phases permettront de révéler le lien étroit unissant odorat et déviance sexuelle dans l’imaginaire romanesque du XIXe siècle et de montrer la cohésion des discours scientifiques et littéraires sur cette question. Elles m’amèneront en outre à forger de nouveaux concepts théoriques et un lexique analytique qui font actuellement défaut pour décrire la dimension olfactive en littérature. Enfin, cette étude inversera la tendance qui fait des mentions olfactives en littérature des exemples de choix pour les historiens, en se servant cette fois-ci des travaux d’historiens des mentalités pour contextualiser et interpréter les odeurs littéraires.Par son aspect pluridisciplinaire et se situant dans le champ émergeant où se croisent littérature et études sur la médecine, cette recherche intéressera une communauté scientifique élargie, touchant non seulement les littéraires, mais également les historiens de la médecine, ceux des mentalités ou les spécialistes de la parfumerie. Elle fournira également des outils analytiques et descriptifs adaptés à la littérature olfactive, qui se révéleront utiles pour quiconque travaille sur le sujet. Enfin, elle permettra de pallier le vide critique entourant l’olfaction en littérature et de documenter le rôle prépondérant de l’odorat dans les débuts du discours sexologique. Cette entreprise novatrice et originale implique une double compétence, à la fois littéraire et scientifique. Elle impose donc de s’assurer le concours de spécialistes de ces deux domaines. Elle sera réalisée sous la direction de Marta Caraion (MER1, Université de Lausanne), spécialiste de la littérature du XIXe siècle, et plus spécifiquement des rapports entre littérature, sciences et industrie d’une part, et entre littérature et culture matérielle de l’autre. Marta Caraion apportera une aide indispensable à l’établissement du corpus primaire, ainsi qu’à sa contextualisation. Sa grande connaissance des conditions du développement industriel au XIXe siècle, s’appliquant également à la parfumerie, mais aussi ses travaux sur l’indiciel, l’impalpable et leur mise en texte, transposables à cet élément insaisissable qu’est l’odeur, fourniront un ancrage essentiel à cette thèse. La codirection sera assurée par Hugues Marchal (Professeur assistant, Université de Bâle), spécialiste de la relation corps-littérature et plus généralement des relations entre sciences et littérature, axe de recherche prépondérant à l’Institut d’études françaises et francophones de l’Université de Bâle. De par sa connaissance remarquable des publications scientifiques au XIXe siècle, Hugues Marchal apportera un soutien essentiel à la réunion des textes scientifiques et médicaux. La réalisation de cette thèse de doctorat implique également un important travail de recherche documentaire, portant notamment sur des documents d’archive n’ayant jamais été réédités. Elle implique donc une phase de recherche d’un semestre aux Archives Nationales de France, ainsi qu’auprès de la Bibliothèque Nationale de France. L’accès à ces deux institutions sera garanti par l’accueil du Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle et de son directeur, le Prof. Paolo Tortonese, dix-neuviémiste reconnu et spécialiste des liens entre littérature et psychopathologies.
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