Project

Back to overview

Mutation de l'anticommunisme: du Réarmement moral à Initiatives et Changement (1945-1990)

Applicant Valsangiacomo Nelly
Number 162910
Funding scheme Project funding (Div. I-III)
Research institution Section d'Histoire Faculté des Lettres Université de Lausanne
Institution of higher education University of Lausanne - LA
Main discipline Swiss history
Start/End 01.08.2016 - 31.10.2020
Approved amount 476'481.00
Show all

Keywords (7)

anticommunisme; réseaux ; guerre froide; nouveaux mouvements religieux; histoire des élites; médias audiovisuels ; propagande

Lay Summary (French)

Lead
Mutation de l'anticommunisme: du Réarmement moral à Initiatives et Changement (1945-1990)Le Réarmement moral est un mouvement anticommuniste et religieux international, faisant suite au Groupe d’Oxford, basé en Suisse, à Caux dont l'action de propagande, très inventive, fut forte dans les années 1950 et 1960. Figé dans un radicalisme qui le coupe peu à peu de ses soutiens, le Réarmement manque de disparaître avant de se réinventer dès les années 1970 en réorientant son discours vers la promotion des libertés démocratiques et la défense des droits de l'homme. En 2001, un changement de nom sanctionne cette évolution: le Réarmement devient Initiatives et Changement.
Lay summary

Le projet est divisé en deux sous-projets.

Le premier porte sur l'âge d'or du mouvement, durant laquelle l'anticommunisme se conjugue à une critique religieuse et moralisante du capitalisme. Le discours est porté par des vecteurs divers: conférences, brochures, articles dans la presse, mais aussi cinéma, théâtre et radio. Le mouvement est soutenu par un large réseau d'élites issues des mondes politique, économique et militaire, protestant autant que catholique, qu'il s'agira de mieux identifier.

Le second considère la crise de légitimité que connaît le mouvement dès le milieu des années 60. Secoué par des crises internes, incapable de s'adapter à la baisse d'intensité de la Guerre froide, le Réarmement traverse une période difficile avant de se réinventer un discours et un type de militance.

 La recherche vise à vérifier comment un mouvement religieux anticommuniste évolue dans ses discours et ses pratiques dans la deuxième partie du XXe siècle et comment il se réoriente après la Guerre froide. La recherche veut aussi vérifier si les soutiens changent ou si cette mutation correspond en partie à celle des élites.

Direct link to Lay Summary Last update: 07.06.2016

Responsible applicant and co-applicants

Employees

Associated projects

Number Title Start Funding scheme
166013 Au-delà du service public : pour une histoire élargie de la télévision en Suisse, 1960 à 2000 01.12.2016 Project funding (Div. I-III)

Abstract

Alors que les organisations et les réseaux suisses et internationaux de l’anticommunisme des décennies 50 et 60 ont fait ces dernières années l’objet de plusieurs recherches, il parait désormais important de prolonger la réflexion en s’interrogeant sur ce qu’il advient de ces organisations lorsque s’amorce une période de « dégel » et un apaisement progressif des tensions internationales. En effet, loin de disparaître, plusieurs mouvements anticommunistes pérennisent leurs actions durant les années 70-90, redéfinissant leurs pratiques, leurs discours et leurs champs d’activités, en changeant parfois leur appellation.Le présent projet vise ainsi à réaliser une étude de cas détaillée sur une organisation de ce type, le Réarmement moral, une association politico-religieuse paradoxalement peu étudiée, malgré des archives riches, alors qu’elle a occupé, des années durant, le devant de la scène politico-médiatique suisse en déployant une propagande de grande ampleur pour « changer le monde » et s’opposer à la « menace communiste », mobilisant un important réseau politique, économique, religieux et militaire, développé en Suisse et à l’étranger. Focalisé tant sur la manière dont l’associationnisme anticommuniste se met en place et se manifeste au plus fort de la guerre froide que sur la façon dont il se réinvente et reconstruit son histoire durant les décennies suivantes, ce projet entend s’appuyer sur les travaux réalisés jusqu’à aujourd’hui pour donner à la militance anticommuniste une définition plus complexe, se détachant des seules années 50-60 pour une périodisation plus large.Ce projet s’articule en deux sous-projets. Le premier se focalise sur « l’âge d’or » du mouvement : l’établissement de l’organisation à Caux, dans le canton de Vaud en Suisse, et la période la plus marquée de sa militance anticommuniste (1945-1965). Le second se focalise sur la « crise », la « chute » et la réinvention du mouvement dès la fin des années 60 : la réévaluation de son discours et de sa position socio-politique, le développement de nouvelles problématiques militantes et la reconstruction d’une partie de sa mémoire (1965-1990).Sous-projet A : Le Réarmement moral en Suisse (1945-1965) : Implantation, réseau et militance d’un mouvement politico-religieux anticommunisteCe sous-projet aborde « l’âge d’or » du mouvement en Suisse et l’inscription de sa propagande dans la « guerre froide culturelle » menée par les Etats-Unis en Europe. Sous l’égide de son fondateur Frank Buchman, les équipes du Réarmement moral (d’abord connues en tant que First Century Christian Fellowship puis Groupe d’Oxford) bourgeonnent dans les plus prestigieuses universités américaines avant de se lancer dans des missions quasi évangélisatrices en Europe. Les équipes internationales formées par Buchman font des émules en Suisse dès les années 30 et le mouvement prend une importance considérable sur la scène politico-médiatique nationale dès la Seconde Guerre Mondiale. S’éloignant des cercles de l’évangélisme protestant pour toucher une frange plus large de la population, l’organisation participe activement à la Défense nationale spirituelle, gagne en popularité et en visibilité tout en s’affirmant de plus en plus comme un mouvement politique. A la sortie de la guerre, le Réarmement moral achète l’ancien Caux-Palace au-dessus de Montreux, mettant sur pied un véritable centre d’entrainement et de rencontre pour ses équipes européennes. Disposant d’une manne financière dont l’origine reste controversée, les émules de Buchman développent une propagande particulièrement moderne en Suisse et à l’étranger pour lutter contre l’expansion communiste mais également pour régénérer une société capitaliste perçue comme « décadente ». Pour mobiliser la population, l’organisation fait un usage élargi de tous les médias : cinéma, théâtre, presse et radio sont autant de vecteurs de propagande. « Pureté, honnêteté, désintéressement et amour » doivent être les piliers fondamentaux de cette croisade. Lutte religieuse et lutte politique semblent ainsi indissociables dans le cas du Réarmement moral. Persuadé de la possibilité de changer le monde « par le haut », le mouvement mobilise un large réseau d’élites issues des cercles politiques, religieux, économiques et militaires pour soutenir ses activités et promouvoir son image. Ces derniers gravitent autour d’un noyau dur de militants qui se consacrent de manière permanente au Réarmement moral. Les conférences organisées à Caux nous semblent être un « lieu de sociabilité » particulièrement important pour la prise de contact, la mise en place des soutiens moraux, politiques et financiers et la coordination des actions à mener. Sur le plan idéologique, il nous paraît cohérent de penser que le Réarmement moral persiste dans un anticommunisme de plus en plus marqué alors même que la coexistence pacifique prônée par Khrouchtchev annonce un tournant dans la guerre froide et le début d’une détente internationale. Dénonçant une manœuvre stratégique des communistes pour infiltrer et déstabiliser l’Occident et déployant plus que jamais sa propagande durant la première moitié des années 60, le Réarmement moral semble perdre peu à peu le soutien large qu’il avait su obtenir à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Sous-projet B : Le Réarmement moral en Suisse (1965-1990) : Maintien et transformation d’un mouvement politico-religieux anticommuniste et de sa militanceCe sous-projet part de l’hypothèse selon laquelle, fragilisé, le mouvement disparaît peu à peu de la scène publique et est forcé de se réinventer pour perpétuer ses activités. A l’image d’autres mouvements anticommunistes, le Réarmement moral se tourne graduellement vers des actions permettant de promouvoir les libertés démocratiques dans un monde devenu post-communiste, s’ouvrant notamment à certains pays de l’Est tout en perpétuant ses activités en Europe, dans les Amériques, en Asie et en Afrique. Face à une situation internationale de « dégel » croissant qui n’a pas été perçue suffisamment tôt par ses dirigeants, provoquant une perte de crédibilité sur la scène publique, l’organisation doit revoir ses méthodes, sa manière de penser mais également de militer. Secoué par des crises internes (la mort de ses leaders historiques, un procès perdu contre la Gazette de Lausanne, des problèmes fiscaux vis-à-vis du canton de Vaud), le Réarmement moral se réinventera au fil des décennies jusqu’à changer de nom en en 2001 pour devenir « Initiatives et Changement » : une ONG œuvrant en faveur des rapprochements entre communautés et ethnies, prônant une guérison des « blessures de l'histoire » causées par le racisme, les guerres et défendant le dialogue social, les droits de l’homme ainsi que le développement d'une économie et d'une politique répondant à des principes éthiques. A Caux, dans le cadre des conférences internationales qui continuent d’être organisées annuellement pour les militants du mouvement, ce sont donc de nouvelles thématiques qui émergent dès la fin des années 60, abandonnant les enjeux de lutte étroitement politique pour se pencher vers des problématiques sociales et des questionnements liés au Welfare. Notre hypothèse est que les nouvelles problématiques traitées par le mouvement peuvent néanmoins être analysées comme une forme de réactualisation, de réinvention, d’une militance raccrochée à la guerre froide : s’il n’est plus véritablement d’actualité pour le mouvement de se définir par son opposition au communisme, à « l’athéisme » et à la « lutte des classes », il est par contre devenu possible de militer pour promouvoir les droits de l’homme, la démocratie, le dialogue social, l’égalité raciale et la tolérance religieuse au-delà du rideau de fer. Fort de cette nouvelle optique, le Réarmement moral réinvente en partie son passé, occultant certains pans de son histoire, en reconstruisant d’autres, pour les adapter à une militance renouvelée.
-